Plongée dans les océans - Sakina Ayata

Les siphonophores

Photo de Matthias Götzke sur Unsplash Les siphonophores
Photo de Matthias Götzke sur Unsplash

"Plongée dans les océans", la chronique hebdomadaire qui vous transporte dans la faune et flore marine présentée par Sakina-Dorothée Ayata, maîtresse de conférences en écologie marine à Sorbonne Université.

Aujourd'hui, nous retrouvons Sakina-Dorothée Ayata pour sa chronique Plongée dans les Océans. Bonjour Sakina, aujourd’hui il va être question de siphonophores. Qu’est-ce que c’est ?

Les siphonophores sont des animaux planctoniques gélatineux. Leur nom vient du grec ancien et veut dire « qui porte des tubes ». Ils ont la particularité de vivre en colonies rassemblant jusqu’à plusieurs milliers d’individus et pouvant mesurer plusieurs mètres de long. Le plus grand siphonophore a été filmé en 2020 au large de la côte ouest de l’Australie : il mesurait plus de 120 mètres de longueur ! Près de 200 espèces ont été décrites, comme la fameuse physalie ou galère portugaise, dont je vous ai déjà parlé dans une précédente chronique.

Comme ce sont des organismes gélatineux, ce sont donc des cousins des méduses ?

Oui, tout à fait ! Mais contrairement aux méduses, ils vivent en colonie rassemblant quelques dizaines à plusieurs milliers d’individus, les uns attachés aux autres et reliés par un stolon. Ces individus sont appelés zoïdes et ils ont chacun un rôle précis. Certains sont dotés de tentacules urticantes, comme les méduses, et sont spécialisés dans la capture de nourriture, d’autres sont spécialisés dans la digestion pour digérer les proies, d’autres encore sont spécialisés dans la reproduction et produisent des gamètes. On trouve aussi des zoïdes spécialisés dans la flottaison et dans la locomotion, pour pouvoir flotter et se propulser. Tous ensembles, ils forment une sorte de « super-individu ».

Comment se déplacent les siphonophores ?

Les siphonophores utilisent un mode de locomotion similaire à la propulsion à réaction. Les individus plus petits et plus jeunes sont situés vers le sommet de la colonie et ils permettent de tourner et d’ajuster l'orientation de celle-ci qui forme une longue ribambelle. Au contraire les individus les plus grands et les plus âgés sont situés à la base de la colonie et servent à la propulsion.

Et que mangent-ils ?

Les siphonophores sont de redoutables carnivores prédateurs. Ils mangent principalement de petits crustacés planctoniques comme les copépodes, de petits poissons, ou bien d’autres organismes gélatineux plus petits comme les groseilles de mer. Certains se nourrissent aussi d’autres siphonophores.

On a observé que les siphonophores qui nageaient le plus vigoureusement étaient ceux qui se nourrissaient de proies plus petites, tandis que ceux qui nageaient moins se nourrissaient de proies plus grosses.

Les zoïdes spécialisés dans la capture des proies possèdent souvent un tentacule caractéristique attaché à leur base et qui leur servent à pêcher. Ce tentacule est bordé de tous petits tentacules appelés « tentilles » et recouverts de cellules urticantes, les nématocystes. Lorsque le siphonophore rencontre une proie potentielle, ses tentilles réagissent et changent de forment pour former une sorte de filet autour de la proie pour l’emprisonner. Puis les nématocystes projettent des millions de molécules toxiques sur la proie prisonnière qui se retrouve paralysée. La proie est ensuite transférée vers les zoïdes spécialisés dans la digestion. Comme les siphonophores vivent surtout au large et dans les profondeurs, où il y a peu de nourriture, ils adoptent une stratégie dite « d'attente » pour se nourrir : ils nagent en attendant que leurs tentacules, plus ou moins longs, rencontrent une proie.

Ils ont également des prédateurs ?

Oui, bien sûr. Les principaux prédateurs des siphonophores sont les méduses, les gastéropodes pélagiques, d'autres siphonophores et de grands poissons, tels que le poisson-lune Mola mola.

Sakina, j’ai cru comprendre que certains siphonophores étaient aussi bioluminescents ?

En effet, ils sont capables d’émettre de la lumière pour attirer leurs proies. La lumière qu’ils produisent est bleue ou verte, mais les siphonophores du genre Erenna produisent, eux, de la fluorescence rouge. Ces derniers vivent en eaux profondes (entre 1 600 et 2 300 mètres), où il fait donc nuit. Lorsqu’ils émettent une fluorescence rouge, leurs tentacules se contractent et entrainent un clignotement rythmique. Ceci imite les mouvements des petits crustacés planctoniques, comme les copépodes, ce qui attire leurs prédateurs, comme les poissons. Ces derniers s’approchent alors, mais ce sont finalement eux qui se font manger par le siphonophore ! Chez d’autres espèces de siphonophores, d’autres leurres bioluminescents sont utilisés comme dispositif de mimétisme pour appâter leurs proies. Ainsi, certains siphonophores imitent les larves de poissons, d’autres les hydroméduses. Tel est pris qui croyait prendre ! Mais rassurez-vous, bien que leurs tentacules soient urticants et peuvent parfois entrainer des brûlures très douloureuses, les siphonophores ne sont pas mortels pour l’être humain !

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.