Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Désapprobation par la Commission Européenne du décret espagnol de régularisation massive des réfugiés
- Plaidoyer de Macron un endettement commun de l’UE afin de financer l’avenir de l’Europe; un appel fermement rejeté par l’Allemagne.
- Marco Rubio est attendu en Hongrie, alors que le pays accélère vers des élections serrées.
On ouvre ce journal en Espagne, où la récente décision du premier ministre socialiste Pedro Sanchez de régulariser 500 000 réfugiés à partir d'avril connaît un accueil plutôt mitigé de la part de la Commission européenne, qui désapprouve son incompatibilité avec la politique actuelle de l’Union sur la migration.
Pour rappel, cette mesure, qui tire son existence d’une initiative citoyenne, a été annoncée le 27 janvier dernier par la ministre de l’immigration Elma Saiz, et se base sur deux conditions essentielles: être présent sur le sol espagnol depuis au moins 5 mois et n’avoir aucun antécédents judiciaires. Les demandes pourront être déposées entre avril et juin, mais les permis de séjour octroyés ne seront valables que pour un an.
Cette vague de régularisation, la neuvième selon The Guardian depuis la chute du régime de Franco, intervient dans le contexte d’une population espagnole vieillissante.
Oui, cette décision serait motivée par la crainte d’un manque de main d’oeuvre de plus en plus criant et que celui-ci ait des conséquences sur la prospérité économique du pays. Par la régularisation des travailleurs illégaux, déjà bien installés dans l’économie informelle du pays, l’Espagne pourrait apporter plus de fonds à sa sécurité sociale. Cette décision intervient alors que les données officielles du pays démontrent qu’entre avril et juin 2025, 69% des personnes contribuant à la hausse du nombre d'emplois sont étrangers.
Néanmoins, la réaction de l’Union Européenne face à cette régularisation massive reste en ligne avec les récents durcissement de sa politique en matière migratoire, malgré une baisse du nombre d’arrivées irrégulières sur le territoire européen.
Oui, la décision espagnole est à contre-courant du Pacte sur la Migration et l’Asile qui permettra aux États membres d’expulser les demandeurs d’asile vers des centres de retour. Par ailleurs, le Parlement Européen a approuvé ce mardi l’assouplissement des conditions d’utilisation du concept de “pays tiers sûr”, admettant le renvoi de réfugiés vers des pays avec lesquels ils n’ont aucun lien et ouvrant la voie à des accords financiers avec des gouvernements étrangers sur l’échange de migrants.
L’UE craint également que la possibilité pour les réfugiés régularisés de voyager dans toute l’UE pour 90 jours les incitent à s’établir dans les pays voisins.
Oui, des fonctionnaires de la Commission Européennes ont partagé à Euronews leurs réprobation, considérant que Madrid envoie des signaux opposés à ceux d’autres pays qui tentent de freiner l’immigration irrégulière.
Néanmoins, cette régularisation espagnole n’est pas isolée dans le paysage européen.
L’’Italie a elle aussi approuvé en juillet 2024 un décret sur les flux, le decreto flussi, permettant une allocation de 500 000 permis de travail entre 2026 et 2028, contre les 450 milles entre 2023 et 2025.
On continue ce journal en évoquant un nouveau bras de fer Paris-Berlin autour d’un mot qui divise toujours l’Union : les eurobonds, cette idée d’emprunter en commun pour financer les priorités européennes.
Dans une série d’entretiens publiés mardi 10 février, Emmanuel Macron plaide pour créer une capacité d’endettement commune de l’UE — autrement dit, des obligations européennes émises à grande échelle, au nom des Vingt-Sept. Objectif : financer des investissements jugés stratégiques, de la défense aux technologies, en passant par l’énergie et l’industrie. Macron avance aussi un argument monétaire : développer une “dette sûre” européenne, recherchée par les investisseurs, pour renforcer le rôle international de l’euro face au dollar.
Ce plaidoyer arrive juste avant un sommet européen consacré à la compétitivité, jeudi 12 février : réindustrialisation, coûts de l’énergie, autonomie technologique.
L’idée de Paris est claire : si l’Europe veut rivaliser, elle doit se donner des moyens financiers communs.
Mais l’appel a été fermement rejeté par l’Allemagne. Berlin estime qu’une nouvelle dette commune n’est pas la bonne réponse, et que l’Union doit d’abord agir dans le cadre du budget pluriannuel, plutôt que d’ouvrir la voie à une mutualisation permanente.
En filigrane, une fracture ancienne.
Pour la France, l’UE a déjà franchi un cap avec le plan de relance post-Covid, financé par des emprunts européens : la dette commune a montré qu’elle pouvait fonctionner. Pour l’Allemagne et plusieurs pays dits “frugaux”, cet outil doit rester exceptionnel, réservé aux crises, et ne pas devenir un mécanisme permanent.
La question qui se pose maintenant, c’est donc celle-ci : l’Europe veut-elle faire des eurobonds un instrument durable pour financer sa défense, sa transition et sa compétitivité — ou refermer la parenthèse ouverte pendant le Covid ?
On termine ce journal en Hongrie, où le secrétaire d’État américain Marco Rubio est attendu à Budapest les 15 et 16 février, après la Conférence de Munich sur la sécurité. D’après le département d’État, il doit y rencontrer des responsables hongrois pour parler d’intérêts bilatéraux et régionaux — avec, au menu, la coopération énergétique et des échanges sur des “processus de paix” liés aux conflits internationaux.
Cette visite est d’autant plus scrutée qu’elle intervient en pleine campagne, à deux mois des législatives du 12 avril. Et, la semaine dernière, Donald Trump a publiquement apporté son soutien à Viktor Orbán sur Truth Social, un appui politique rare à ce niveau, alors que le Premier ministre hongrois joue sa réélection.
Sur le terrain électoral, les derniers chiffres alimentent la tension.
Selon un sondage de l’institut Medián, le parti d’opposition Tisza de Péter Magyar est donné en tête avec 51% des intentions de vote, contre 39% pour le Fidesz, le parti de Viktor Orbán. L’avance de l’opposition progresse encore, +2 points par rapport à décembre dernier . Et paradoxe intéressant : 44% des sondés pensent malgré tout que le Fidesz finira par gagner, contre 39% qui s’attendent à une victoire de Tisza.
Dans ce contexte, Marco Rubio arrive au moment où Budapest devient un point de fixation : relations avec Washington, positionnement vis-à-vis de l’UE et de l’OTAN, et débats sur l’énergie.
Une visite diplomatique “classique” sur le papier, mais qui, en Hongrie, sera forcément lue comme un signal politique — et intégrée, minute par minute, à une campagne qui se tend.
Un Journal de Salomé Moinet et Giona Melotto.