Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 19 mai 2026

Rachel Reeves aux côtés de Roland Lescure et François Villeroy de Galhau © Kirsty O'Connor / HM Treasury Aujourd'hui en Europe - 19 mai 2026
Rachel Reeves aux côtés de Roland Lescure et François Villeroy de Galhau © Kirsty O'Connor / HM Treasury

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme :  

  • Réunion du G7 : le contexte économique au centre des discussions
  • Hongrie, l’exil économique des proches de Viktor Orbán
  • Russie-Bélarus : des exercices nucléaires qui inquiètent Kiev

On ouvre ce journal à Paris, où les ministres des Finances du G7 se réunissent ce lundi et mardi dans un contexte économique et géopolitique particulièrement tendu.

Cette rencontre intervient dans un contexte de crises multiples : tensions au Moyen-Orient, hausse des prix de l’énergie, ralentissement économique mondial et divisions croissantes entre Washington et ses alliés. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche début 2025, le G7 traverse une période de fortes tensions. Washington remet en cause plusieurs principes historiques du groupe, notamment le libre-échange et le multilatéralisme. Donald Trump multiplie par ailleurs les déclarations provocatrices et les mesures isolationnistes. Le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, qui accueille le sommet à Paris, reconnaît d’ailleurs que “maintenir l’unité de ce club est devenu un combat de tous les jours”.

Et l’un des principaux sujets de ces discussions sur la situation économique ont bien évidemment en toile de fond le contexte au Moyen-Orient.

Oui, parce que les conséquences économiques de la crise autour du détroit d’Ormuz inquiètent fortement les marchés. Les pays du G7 cherchent à éviter que la flambée des prix du pétrole et du gaz s’éternise. Début mars, le groupe avait déjà libéré des stocks stratégiques pour calmer les tensions dans le secteur énergétique. Mais les États-Unis veulent désormais aller plus loin : avant même l’ouverture du sommet, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a appelé les autres pays du G7 à renforcer les sanctions contre l’Iran.

Mais au-delà de la crise énergétique, les ministres doivent aussi gérer des déséquilibres économiques mondiaux de plus en plus importants.

Les discussions portent notamment sur les excédents commerciaux records de la Chine, qui atteignent désormais 1 200 milliards de dollars, tandis que les États-Unis continuent de creuser leur déficit extérieur. Pour plusieurs responsables présents à Paris, ce modèle économique mondial est devenu “insoutenable” et pourrait conduire à une nouvelle crise financière ou commerciale. Un autre sujet central de ce sommet concernera donc la dépendance occidentale à la Chine, qui domine aujourd’hui des chaînes d’approvisionnement indispensables. L’un des objectifs du G7 sera donc de trouver des mesures afin de réduire cette dépendance, avec en discussion notamment des garanties de prix, quotas et barrières tarifaires…

Et derrière ces discussions, c’est donc la fragilité à la fois économique et diplomatique de l’Europe qui est mise en évidence

Oui, car l’Union européenne se retrouve aujourd’hui particulièrement exposée aux chocs extérieurs. La hausse des prix de l’énergie menace directement la croissance et risque d’alimenter une nouvelle poussée inflationniste dans la zone euro. Sur le point de vue diplomatique, la montée des tensions entre Washington et le Vieux Continent remet en question les alliances stratégiques de l’Union. Autant de difficultés que les ministres européens conviés à Paris tenteront de pallier cette semaine.

On poursuit ce journal en Hongrie, où une partie de l’élite économique cherche à transférer à l’étranger sa fortune constituée pendant les seize années au pouvoir de Viktor Orbán.

Depuis la défaite de l’ancien Premier ministre aux législatives du 12 avril, un mouvement de panique a saisi certains oligarques et hauts responsables hongrois associés à Viktor Orban, accusé de corruption. Plusieurs chercheraient à mettre à l'abri leurs capitaux en les transférant vers l'étranger, parfois via des jets privés transportant de l'argent liquide et des objets de valeur. Certains organisent même leur départ : selon le quotidien britannique The Guardian, plusieurs familles d’oligarques proches d’Orbán auraient déjà quitté la Hongrie.

On avait connu un épisode assez voisin après la défaite du PIS, le parti populiste au pouvoir en Pologne en octobre 2023.

La situation résonne avec le cas de l'ex-ministre polonais de la Justice, Zbigniew Ziobro, visé ces derniers mois par des poursuites pour abus de pouvoir. Alors que ses passeports lui avaient été retirés, il s'était réfugié en Hongrie, où le gouvernement de Viktor Orbán lui avait accordé l'asile politique en janvier. Après la victoire de Péter Magyar, qui avait promis son extradition, Zbigniew Ziobro a fui vers les États-Unis. Selon Reuters, le vice-secrétaire d'État américain aurait personnellement facilité l'octroi du visa.

Et c'est vers les États-Unis que se tournent en priorité ces fugitifs.

Beaucoup espèrent y obtenir un visa grâce aux liens idéologiques noués ces dernières années entre Budapest et certains milieux conservateurs américains proches du mouvement MAGA. L’administration Trump a en effet été l’un des principaux soutiens du Fidesz, le parti de Viktor Orbán, et s’est même engagée dans sa campagne. Parmi les autres destinations : le Moyen-Orient, l’Uruguay ou encore l’Australie. Des États jugés protecteurs sur le plan fiscal, politique et juridique.

Ces mouvements posent un enjeu de justice et de crédibilité démocratique pour le nouveau premier ministre.

Péter Magyar promet une rupture avec les pratiques de l’ancien pouvoir. Il dénonce un système opaque, dominé par une poignée d’entrepreneurs proches du pouvoir, accusés d'avoir capté marchés publics et médias au service de la propagande de Viktor Orbán. Le nouveau Premier ministre appelle les autorités à empêcher la fuite de ceux qu'il qualifie de "criminels".

On termine ce journal au Bélarus, où des exercices militaires conjoints avec la Russie impliquant des armes nucléaires ont débuté ce lundi.

Le Bélarus abrite en effet depuis 2023 des armes nucléaires russes. Objectif affiché de ces manœuvres conjointes : s'entraîner à leur préparation et à leur utilisation. Des unités aériennes et de missiles y participeront, avec au total 65 000 soldats mobilisés du 19 au 21 mai.

Des exercices qui suscitent une certaine inquiétude en Ukraine.

En effet, en 2022, la Russie avait utilisé le Bélarus comme base arrière pour déclencher son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Selon le président ukrainien, Moscou préparerait une nouvelle offensive depuis cette zone et chercherait à persuader Minsk de se joindre à de nouvelles opérations offensives. En réaction, Kyiv a renforcé la semaine dernière ses troupes à la frontière nord avec le Bélarus. Volodymyr Zelensky appelle également ses partenaires internationaux à réagir fermement. D’autant que, face aux revers qu’il subit dans cette guerre qui s’enlise, Vladimir Poutine a déjà brandi à plusieurs reprises la menace nucléaire.

Mais ces craintes sont rejetées par Minsk et Moscou.

Le ministère bélarusse de la Défense assure que ces exercices ne visent aucun pays tiers et ne menacent pas la sécurité régionale. Le Kremlin dénonce, lui, une “tentative” visant à “prolonger la guerre”.

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.