Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Guerre en Ukraine : l’attaque “terroriste” de la Russie condamnée de toutes parts
- Pape Léon XIV : une encyclique historique sur l’IA et l’esclavage
- Turquie : l’opposition face aux coups de force de Recep Tayyip Erdogan
On ouvre ce journal en Ukraine, où la Russie a mené une campagne de bombardement intense. Ce week-end, Kyiv a en effet subi l’une des attaques les plus massives depuis le début de la guerre en Ukraine.
Dans la nuit de samedi à dimanche, Moscou a mené d'intenses bombardements contre la capitale Kyiv. Selon les forces aériennes ukrainiennes, la Russie aurait lancé 90 missiles et 600 drones, touchant des dizaines d'immeubles résidentiels, des écoles, un marché, plusieurs musées dont celui de Tchernobyl, ainsi que les locaux de la chaîne allemande ARD et le bureau ukrainien de l'OMS. Bilan : au moins 4 morts et une centaine de blessés.
L'attaque, vraisemblablement préparée de longue date, est survenue au lendemain de menaces de Vladimir Poutine.
Samedi, le président russe avait accusé l'Ukraine d'avoir détruit, lors d'une frappe de drones, un foyer d'étudiants à Starobilsk, dans la région ukrainienne de Louhansk occupée par la Russie, tuant 21 personnes et en blessant 42. Kyiv affirme de son côté avoir visé un objectif militaire : selon l'armée ukrainienne, le quartier général d'une unité de drones russe.
Parmi les missiles tirés figurait un Orechnik, la troisième fois seulement que la Russie l'utilise depuis le début de la guerre, après novembre 2024 et janvier dernier. Un missile quasi impossible à intercepter.
Missile balistique de portée intermédiaire capable d'emporter des ogives nucléaires, l'Orechnik est surtout extrêmement rapide : Moscou affirme qu'il peut atteindre 12 000 km/h. Trop haut pour les radars ukrainiens lorsqu'il grimpe, trop véloce lorsqu'il retombe en se fragmentant, il en devient quasi impossible à intercepter. Vladimir Poutine l'a présenté comme "invincible". Lancé cette fois contre la ville de Bila Tserkva, à une centaine de kilomètres au sud de Kyiv, il a causé d'importants dégâts.
L’Ukraine appelle donc à une réaction internationale.
Volodymyr Zelensky réclame des “décisions” de la part des alliés occidentaux pour pousser la Russie vers une résolution du conflit et maintenir les livraisons d’armes. L’Ukraine demande aussi une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, dénonce des “attaques de missiles barbares” destinées à compenser les difficultés russes sur le front.
L’attaque a également suscité une pluie de réactions en Europe.
La cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, dénonce une “tactique d’intimidation politique” et un “chantage nucléaire” visant à “terroriser l’Ukraine”. De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, condamne un acte de "terrorisme contre les civils", signe selon elle non pas de “force” mais de “désespoir”. Plusieurs chefs d’État européens ont également condamné l’attaque.
Et ces menaces pourraient encore se poursuivre dans les prochains jours.
Hier, la Russie a appelé les ressortissants étrangers présents à Kyiv, notamment les personnels diplomatiques, à quitter la capitale avant de nouveaux bombardements de l’armée russe contre “des centres de décision” et des “entreprises du complexe militaro-industriel” ukranien. Les États-Unis, eux, se disent prêts à jouer un rôle de médiateur pour faciliter la fin de la guerre.
On poursuit ce journal au Vatican, où le pape Léon XIV a publié ce lundi une encyclique déjà qualifiée d’historique par de nombreux observateurs.
Magnifica Humanitas, c’est le nom que le pape a donné à sa première encyclique depuis son élection. Un texte de 130 pages qui marque une rupture majeure dans l’histoire récente de l’Église catholique. Léon XIV y consacre une large place à l'intelligence artificielle et à ses nombreux dangers : un thème rarement abordé avec une telle ampleur par la papauté.
Dans son développement, Léon XIV a donc fait part de ses craintes sur de nombreux aspects de l’IA, qu’il appelle à “désarmer” pour ne pas qu’elle “domine l’humain”.
Et face aux dangers que représentent ces nouvelles technologies, Léon XIV réclame surtout des règles internationales pour limiter leurs usages et surtout les inégalités qui en découlent. Le pape dénonce également le coût environnemental massif de ces technologies, et met en garde contre le risque d’un “esclavage moderne”, lié aux conditions de travail et à l’exploitation humaine qui accompagnent l'extraction des ressources nécessaires à l’IA.
Autre rupture majeure dans cette encyclique : la reconnaissance approfondie du rôle de l’Eglise dans l’histoire de l’esclavage et sa légitimation.
Oui, selon les mots du pape, au cours de l’histoire “le Siège Apostolique romain est intervenu [...] pour réglementer et légitimer les modalités de soumission et, dans certains cas, de réduction en esclavage” de ceux qu’il appelle “les infidèles”. Léon XIV a "demandé sincèrement pardon" pour ces actes, et surtout pour le retard avec lequel l'Église les a condamnés, une première dans l’histoire de la papauté. Il rappelle que ce n'est qu'au XIXe siècle, avec Léon XIII, que l'Église a condamné l'esclavage de manière "formelle, absolue et universelle".
On clôture ce journal en Turquie, où les derniers coups de force du président Recep Tayyip Erdogan illustrent une nouvelle fois la dérive autoritaire du pouvoir turc.
Après plusieurs jours de contestation et de multiples rebondissements, le chef de l’État a finalement annulé son ordre de fermer l’université Bilgi d’Istanbul. Vendredi dernier, premier acte de ce coup de théâtre, un décret présidentiel ordonnait la fermeture de l’établissement, prétextant “un niveau d’éducation et de formation insuffisant”. Mais dimanche, devant le tollé provoqué par la décision, le président a finalement rétropédalé.
Mais derrière la façade judiciaire officielle de ce décret, se joue en coulisses une véritable chasse à l’opposition menée par le régime turc.
Oui, car l’université Bilgi est perçue par le pouvoir comme un foyer d’opposition. L’université, qui s’est toujours présentée comme un modèle alternatif et libéral, avait notamment enregistré le premier club étudiant LGBTQIA+ de l’histoire du pays en 2007. Et depuis les élections municipales de 2019, qui ont vu Istanbul acquise à l’opposition, les divergences avec le pouvoir se sont encore accrues.
Une séquence qui s'inscrit dans une journée déjà explosive : car c'est ce même dimanche que la police a pris d'assaut, à Ankara, le siège du CHP, le principal parti d'opposition turc.
Tout à fait, dimanche dernier, les forces de police ont investi de force le siège du parti. Une opération qui intervient moins d’une semaine après la destitution judiciaire très contestée de son chef Özgür Özel, sous prétexte d’une irrégularité dans son élection. Et cette fois encore, cette décision a illustré la fébrilité du camp présidentiel, puisqu’un mouvement contestataire s’est déclenché dimanche devant le Parlement, en soutien au CHP.
Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.