Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
On ouvre ce journal au Moyen-Orient, où le conflit entre Tel-Aviv, Washington et Téhéran continue de s’étendre, au quatrième jour de l’escalade déclenchée par les premières frappes menées par Israël et les États-Unis contre l’Iran, samedi 28 février.
Bonjour Thomas, oui, pour rappel, Washington a lancé samedi une offensive d’ampleur sur Téhéran, en coordination avec Israël, dans une opération baptisée « Fureur épique ». Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a été tué dans la nuit du 28 février, aux côtés de plusieurs hauts responsables iraniens. L’Iran annonce au moins 550 morts tandis que les États-Unis déplorent la perte de seulement quatre soldats.
En riposte à ces attaques israélo-américaines, l’Iran a tiré entre 500 et 600 missiles, ainsi que des centaines de drones.
Une partie importante de ces projectiles a été interceptée par les systèmes de défense anti-aérienne israéliens, mais plusieurs zones ont néanmoins été touchées, tout comme des installations américaines dans le Golfe. La guerre s’est ainsi étendue au Koweït, à Bahreïn, au Qatar et aux Émirats arabes unis frappés par Téhéran. Hier, une nouvelle étape a été franchie après des frappes israéliennes au Liban, notamment dans la vallée de la Bekaa et dans la banlieue sud de Beyrouth. Le bilan provisoire fait état de 52 morts et de 154 blessés.
Au-delà du Golfe, la crise suscite l’inquiétude en Europe.
Oui d’abord parce que deux emprises militaires européennes ont été visées : un site abritant des forces françaises à Abou Dhabi, endommagé lors d’une attaque de drones, et la base britannique d’Akrotiri, à Chypre. Ensuite parce qu’il faut organiser le rapatriement de nombreux ressortissants européens présents dans la région.
L’Union européenne tente, tant bien que mal, de maintenir une ligne commune.
Bruxelles a appelé à la désescalade et à la stabilisation de la région, dans une déclaration conjointe d’Ursula von der Leyen et d’António Costa. Mais, dans le même temps, les positions nationales divergent : l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni s’affirment plus ou moins solidaires de Washington et tel Aviv ; à l’inverse, l’Espagne s’oppose aux frappes israéliennes et a formellement interdit l’usage de ses bases par l’armée américaine. Une cacophonie que le Premier ministre croate Andrej Plenković a dit déplorer, en insistant sur une « position claire » de l’UE.
C’est dans ce contexte que Paris a annoncé vouloir amorcer un changement d’échelle en matière de dissuasion nucléaire.
Lundi 2 mars, depuis la base de l’Île Longue, près de Brest, Emmanuel Macron a annoncé un renforcement de l’arsenal nucléaire et une évolution de la doctrine nucléaire française vers une coopération plus étroite avec les partenaires européens, au nom de la prolifération nucléaire et de l’instabilité régionale.
On continue ce journal en revenant sur le veto opposé par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, le 23 février dernier, à un projet de la Commission européenne prévoyant à la fois une nouvelle assistance financière à l’Ukraine et un paquet de sanctions contre la Russie.
Oui à l’approche du quatrième anniversaire de la guerre et alors que le Premier ministre hongrois fait face à de prochaines échéances électorales qui pourraient être périlleuses, Budapest est resté inflexible. Alors que la Commission s’apprêtait à franchir la dernière étape du processus législatif, engagé en décembre 2025, pour mettre en place un programme d’aide massive de 90 milliards d’euros en faveur de Kiev, Viktor Orbán est revenu sur l’approbation initiale qu’il avait donné à cette initiative, en posant un veto conjoint avec la Slovaquie. Un premier décaissement était attendu dès avril, au moment où les besoins ukrainiens devraient être particulièrement criants dans le contexte d’une réduction du soutien américain.
Pourtant, la Hongrie avait obtenu un arrangement : elle pouvait s’abstenir et n’était pas tenue de contribuer au financement.
Oui en effet; dans les négociations, Budapest — ainsi que Bratislava et Prague — avaient obtenu de ne pas participer au programme, se dispensant des obligations financières qui pèseront sur les autres États membres, via une dette commune. La contribution annuelle était estimée entre 2 et 3 milliards d’euros pour les pays participants.
À ce stade, ni le plan financier ni le paquet de sanctions adopté en parallèle ne pourront entrer en vigueur tant que le transit pétrolier vers la Hongrie via l’oléoduc Droujba n’aura pas repris — une condition posée explicitement par Viktor Orbán.
Ce bras de fer trouve son origine dans un incident sur l’oléoduc, visé par des frappes russes le 27 janvier 2026, qui a réduit l’approvisionnement en pétrole brut depuis la Russie vers plusieurs pays européens, dont la Hongrie. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, accuse l’Ukraine de minimiser la situation et de chercher à déstabiliser le pays à l’approche des élections d’avril. De son côté, Kyiv répète que, entre conditions hivernales et attaques russes répétées dans la zone, les réparations d’urgence sont particulièrement difficiles.
Et on termine ce journal du côté de la Commission européenne, où une décision majeure sur l’accès à l’avortement a été rendue après la campagne « Ma voix, mon choix », qui a recueilli plus d’un million de signatures dans l’UE.
Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre d’une initiative citoyenne européenne, un mécanisme prévu par les traités qui permet aux citoyens de demander à la Commission de proposer une nouvelle législation, à condition de réunir au moins un million de soutiens dans au moins sept États membres. Le Parlement européen s’étant prononcé en faveur en décembre dernier, il ne manquait plus qu’une position formelle de la Commission.
Concrètement, la Commission ouvre la possibilité pour les États membres de mobiliser le Fonds social européen plus (FSE+) afin d’améliorer l’accès à une IVG sûre et légale, notamment dans les cas où les conditions nationales restent très restrictives, comme à Malte ou en Pologne. L’objectif affiché : réduire les inégalités d’accès à un avortement sécurisé au sein de l’Union.
Mais cette décision laisse un goût amer à une partie des soutiens de la campagne : aucun financement nouveau n’a été créé. Bruxelles renvoie aux enveloppes existantes du FSE+, alors que l’une des revendications centrales était justement la mise en place d’un fonds supplémentaire dédié.
Un journal de Thomas Kox et Salomé Moinet.