Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 21 avril 2026

Emmanuel Macron et le Premier ministre polonais Donald Tusk lors de la signature du traité de Nancy, le 9 mai 2025, qui a rehaussé la Pologne au niveau des principaux alliés de la France. Source : Gov.pl, CC BY 3.0 PL, via Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 21 avril 2026
Emmanuel Macron et le Premier ministre polonais Donald Tusk lors de la signature du traité de Nancy, le 9 mai 2025, qui a rehaussé la Pologne au niveau des principaux alliés de la France. Source : Gov.pl, CC BY 3.0 PL, via Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Sécurité européenne : l’Europe muscle sa défense  
  • Roumanie : une crise politique se profile
  • Belgique : l’ambivalence du Premier ministre Bart De Wever à l’égard de la Russie

On ouvre ce journal en Pologne, où Emmanuel Macron et le Premier ministre polonais Donald Tusk se sont retrouvés ce lundi 20 avril, pour un sommet consacré à la sécurité européenne.

Oui, le président français participait au premier sommet intergouvernemental franco-polonais à Gdansk. Un choix hautement symbolique : la ville se situe non loin de Kaliningrad, enclave russe entre la Pologne et la Lituanie, l’un des points les plus sensibles du flanc oriental de l’Europe. Cette rencontre marque une première traduction concrète du traité d’amitié et de coopération renforcée signé en mai 2025 à Nancy, qui a rapproché Paris et Varsovie sur les questions stratégiques.

Cette rencontre visait à renforcer la coopération militaire entre les deux pays. 

Au cœur des discussions : les satellites militaires, l’industrie de défense, mais aussi la “dissuasion nucléaire avancée”, proposée en mars par Emmanuel Macron à huit pays européens, dont la Pologne. L’idée serait de permettre une “participation conventionnelle” de ces pays à la dissuasion française, via des exercices conjoints ou le stationnement d’avions français équipés de l’arme nucléaire chez ses alliés, même si la France resterait souveraine dans l'emploi de la force. 

Autre sujet sensible : la préférence européenne dans l’achat de matériels de défense.

Oui, Emmanuel Macron plaide depuis plusieurs mois pour que les Européens achètent davantage européen en matière de défense, au risque d’irriter la Pologne, très attachée au lien stratégique avec Washington. Donald Tusk a d’ailleurs insisté sur la nécessité de préserver la relation avec les États-Unis. L’équilibre reste délicat pour Varsovie, qui modernise massivement son armée, mais demeure très dépendante des équipements américains. Le président nationaliste Karol Nawrocki critique d’ailleurs une possible atteinte à “l’indépendance” polonaise pour s’opposer à la participation de son pays au programme SAFE de l’Union européenne, un mécanisme destiné à financer des achats communs d’équipements de défense.

Cette rencontre s’inscrit dans un contexte plus large de tensions internationales.

Oui, entre la guerre en Ukraine, les incertitudes sur le soutien américain à l’Europe et les tensions autour du dossier iranien, plusieurs dirigeants européens accélèrent sur les questions de défense. L’objectif affiché est de bâtir une Europe plus forte et plus souveraine sur le plan stratégique face à la Russie et aux États-Unis.

Et cette volonté de renforcer la sécurité européenne s’est aussi illustrée vendredi dernier avec l’ouverture d’un dialogue inédit entre l’Union européenne et le Japon sur l’industrie de défense.

L’objectif est d’approfondir la coopération entre Bruxelles et Tokyo sur les technologies de défense et sur la résilience des chaînes d’approvisionnement. Selon le ministre japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, Toshio Ino, cette coopération est devenue indispensable face à l’essor rapide des drones, à l’apparition de nouvelles formes de guerre et à la fragilité croissante des chaînes d’approvisionnement mondiales. Un constat partagé par le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi. Une lettre d’intention a été signée, même si ses contours restent encore assez généraux.

On continue ce journal en Roumanie, où le gouvernement entre dans une nouvelle zone de turbulences.

Oui, le principal parti de la coalition au pouvoir, le Parti social-démocrate, a retiré lundi son soutien au Premier ministre Ilie Bolojan. Une décision qui prive le gouvernement de majorité au Parlement et ouvre une crise politique. Le PSD doit désormais retirer ses six ministres dans les prochains jours. Jusqu’ici, Ilie Bolojan excluait de démissionner, mais il a récemment laissé entendre qu’il pourrait céder sa place à un chef de gouvernement par intérim.

À l’origine de cette rupture : de profondes tensions au sein même de la coalition.

Oui, les sociaux-démocrates reprochent notamment à Ilie Bolojan sa politique budgétaire et la hausse des taxes. Ils estiment en payer le prix dans les sondages, au profit de l’extrême droite d’AUR. Ilie Bolojan, issu du Parti national libéral, gouverne depuis mai 2025. Il avait été nommé par le président pro-européen Nicusor Dan, élu après sa victoire face à George Simion, le leader d’AUR, aujourd’hui en tête des intentions de vote.

Et cette crise pourrait rapidement provoquer la chute du gouvernement.

Oui, car le parti d’extrême droite AUR a déjà annoncé qu’il présenterait une motion de censure au mois de mai. Et si les sociaux-démocrates s’y associent, le gouvernement pourrait tomber. Dans ce cas, le président Nicusor Dan devrait relancer des consultations pour tenter de former une nouvelle majorité, probablement autour de la même coalition.

Une instabilité politique qui tombe au plus mauvais moment pour Bucarest.

Oui, parce que la Roumanie doit encore engager plusieurs réformes économiques importantes. En jeu : 11 milliards d’euros de fonds européens, conditionnés à ces efforts de rigueur budgétaire. Le pays reste sous pression sur la question du déficit, et le président roumain a tenté de rassurer lundi en affirmant que, malgré la crise politique, une certaine prévisibilité serait maintenue sur les dossiers essentiels.

On conclut ce journal en Belgique. Le positionnement du Premier ministre Bart De Wever sur l’Ukraine commence à faire tiquer chez certains de ses partenaires européens. 

Oui, un article du Monde, publié lundi, relate toutes les prises de position ambiguës du Premier ministre belge sur la Russie et l’Ukraine. Après avoir déclaré en décembre que croire à une défaite russe dans ce conflit était “une fable”, Bart De Wever a récidivé récemment, appelant à une “normalisation” des relations avec Moscou. En décembre dernier, il s’était fermement opposé à l’utilisation des avoirs russes gelés en soutien à l’Ukraine, allant jusqu’à parler d’un “vol” et mettant en avant des conséquences financières, juridiques et sécuritaires trop lourdes que son pays risquerait de devoir assumer seul. Pourtant, l’un des premiers voyages officiels du Premier ministre avait eu lieu en Ukraine, en avril 2025, avec la volonté de positionner les entreprises belges en première ligne pour répondre aux besoins d’armement ukraniens. 

Des prises de position qui suscitent quelques inquiétudes au sein de l’Union européenne.

La déclaration du Premier ministre, affirmant que l’idée d’un “deal” avec Moscou était partagée en coulisses par plusieurs dirigeants, a suscité de vives réactions à Bruxelles. Elle a été rapidement démentie par son ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, qui considère que “parler de normalisation est un signal d’affaiblissement qui mine l’unité européenne”. De son côté, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, bien que présente lors de réunions, dit ne pas avoir constaté “l’envie” qu’évoquait Bart De Wever de conclure un accord avec le Kremlin.

Un journal de Manon Gendreau et Giona Melotto.