Les histoires d'Europe de Quentin Dickinson

La radio pour tous

Photo de Ian Talmacs sur Unsplash La radio pour tous
Photo de Ian Talmacs sur Unsplash

Chaque semaine, retrouvez Les histoires d'Europe de Quentin Dickinson sur euradio.

Cette semaine, Quentin Dickinson, vous comptez nous entretenir de notre média à nous, c’est-à-dire : la radio…

Théorisées en 1865 par le physicien écossais James CLERK MAXWELL, les ondes électromagnétiques mettront encore une cinquantaine d’années de tâtonnement avant de déboucher concrètement sur la radiodiffusion sonore à des fins de divertissement, d’information, et d’instruction, selon les objectifs définis par nos lointains prédécesseurs de la BBC, née en 1922, et aujourd’hui toujours le plus puissant groupe de radios du monde, devant RADIO FRANCE.

Mais les radios sont, à leurs débuts, exclusivement des programmes locaux et commerciaux aux États-Unis et des émetteurs nationaux officiels en Europe…

C’est vrai, mais très rapidement nombre de radios européennes se découvrent des vocations de diffusion internationale. Celle-ci peut être commerciale, comme Radio-Luxembourg en langue anglaise, qui, dès 1933, déverse nuit et jour sur le Royaume-Uni et l’Irlande des variétés et des publicités, au moyen de l’émetteur de BEIDWEILER, en son temps le plus puissant d’Europe. A ce jour, d’ailleurs, la devise de la Compagnie luxembourgeoise de Télédiffusion – RTL selon sa désignation de marque – est Alas Leoni Dedit, comprenez : Il Donna des Ailes au Lion (celui des armoiries du Grand-Duché).

Mais la vocation peut être aussi être politique, pour maintenir le contact avec des colonies lointaines, ou pour influencer l’opinion dans des pays étrangers au moyen d’émissions diffusées en langues étrangères.

Et l’on peut ici citer une autre devise, celle de la BBC : Nation Shall Speak Peace Unto Nation, qu’on peut traduire librement par Toute Nation Parlera le Langage de la Paix aux Autres Nations.

Mais, bien plus récemment, sont apparus de nouveaux acteurs.

A qui faites-vous allusion, Quentin Dickinson ?...

Tout simplement aux radios clandestines, créés par des opposants politiques dans des pays au régime autoritaire, voire dictatorial, où les radios d’État disposent d’un monopole. Dans les années 1960, leurs débuts ont été modestes : ils multicopiaient leurs éditoriaux et discours sur des musicassettes, qui circulaient sous le manteau.

Par la suite, ils ont pu se procurer des émetteurs en FM, transmettant la production de studios improvisés et constamment déplacés dès la fin de l’émission, pour éviter le repérage par triangulation radiogoniométrique. Vous vous rappelez peut-être de ce système, très utilisé au cours de la Seconde Guerre mondiale par les services de sécurité allemands dans les pays occupés, système qui consiste à disposer en triangle, autour d’un arrondissement ou d’un quartier, trois camionnettes dont les occupants mesurent la force du signal de diffusion de l’émetteur clandestin ; en se déplaçant, les camionnettes réduisent progressivement la surface du triangle jusqu’à isoler le bâtiment à l’origine de la diffusion.

On pourrait quand même penser qu’aujourd’hui, les réseaux sociaux ont pris la place de ces méthodes courageuses, mais risquées ?...

Dans une certaine mesure, c’est vrai, mais l’enthousiasme allait être de courte durée, car tout le monde peut s’inviter sur l’Internet – et, en particulier, les services de répression d’un État totalitaire (plus besoin de sortir trois camionnettes). L’identification des résistants est elle aussi facilitée.

Il a donc fallu trouver autre chose.

C’est-à-dire, Quentin Dickinson ?...

Cette autre chose, c’est l’émetteur portable. Il répond au nom de POCKET FM, et il est de dimensions réduites (c’est un parallélépipède carré de 20 centimètres de côté sur 13 centimètres de haut) et – à dessein – il ressemble plutôt à un banal récepteur de radio de couleur noire. Son antenne de transmission est un simple fouet vertical double d’environ un mètre.

Analogique, l’émetteur est délibérément de faible puissance (il dessert un cercle d’environ quinze kilomètres de diamètre) et sa mise en œuvre efficace impose de le déplacer souvent. Sa batterie est rechargée par un capteur solaire. N’importe quel récepteur en FM peut capter les émissions qu’il diffuse.

L’idée, c’est de soutenir des réseaux de résistance, mais aussi des campagnes de prévention médicale dans des zones reculées d’Afrique. Exemples : en Syrie, du temps de la dictature héréditaire de la famille ASSAD, soutenue par le Kremlin, c’est le réseau SYRNET ; de nos jours, c’est au Yemen, en zone contrôlée par les rebelles houthis. Parallèlement, POCKET FM porte des projets liés aux risques d’épidémies, en particulier d’Ebola, en Tanzanie et au Sierra Leone.

Plusieurs centaines de POCKET FM sont en service depuis 2013 ; aucun n’a été détecté. Un seul a été détruit : c’était en Syrie, à la frontière turque, lors du bombardement de la ville martyre kurde de KOBANÉ par des forces djihadistes.                                        

Et tout le monde peut se le procurer ?...

Oui, à condition de décaisser environ 3.000 Euros – et de donner de sérieuses références d’engagement démocratique et humanitaire.

Mais qui donc est derrière POCKET FM ?...

C’est une association allemande, le MiCT – comprenez Les Médias au service de la Coopération et de la Transition – qui en a conçu les objectifs et qui en a confié la réalisation technique au laboratoire IXDS - ce qui d’ailleurs peut étonner, vu que celui-ci est intégré à la redoutable multinationale de conseil PwC (précédemment PRICE-WATERHOUSE-COOPERS).

Et, pour éviter toute confusion, je précise que POCKET FM n’a strictement aucun lien – si ce n’est l’homonymie – avec un fournisseur de séries de fiction en IA sur l’Internet, et basé en Inde.

Conclusion ?...

Conclusion : pendant qu’en Europe, nous bénéficions de la qualité technique incomparable de nos radios diffusant – comme EURADIO – en transmission numérique terrestre stéréophonique, ailleurs dans le monde, dans des conditions parfois dangereuses, toujours difficiles, la radio apporte l’information et le réconfort, le lien social et l’espoir, grâce à des technologies qu’on croyait définitivement disparues.