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Les militaires européens quittent le Mali – Hashtag PFUE avec Jenny Raflik

Écrit par sur 23 février 2022

Comme toutes les semaines, nous accueillons Jenny Raflik, professeure d’Histoire à l’Université de Nantes pour sa carte blanche de la PFUE.

Cette semaine, face aux pressions maliennes, les militaires européens quittent le Mali. Depuis plusieurs mois, les tensions étaient vives avec les Maliens. 

Effectivement, en janvier, une querelle avait déjà éclaté entre le Mali et le Danemark, au sujet des soldats danois engagés dans la force Takuba. Le gouvernement affirmait que les soldats danois avaient été déployés sans son consentement. Les Danois et les Français avaient répondu que toutes les procédures avaient été respectées. Mais le Danemark avait préféré retirer ses hommes. La querelle avait aussi débouché sur l’expulsion de l’ambassadeur de France du Mali. 

Ce n’était d’ailleurs pas la première crise : auparavant, le gouvernement malien avait imposé des restrictions à l’utilisation de son espace aérien par les forces européennes, et avait remis en cause les accords de défense liant Bamako à Paris.

Pourtant, cette force européenne n’était-elle pas initialement présente à la demande de Bamako ?

Il faut rappeler le contexte qui a précédé l’intervention des Européens. A partir de 2012, des groupes djihadistes se développent dans le Nord du Mali, sur fond de rébellion indépendantiste touareg. Le pays s’en trouve fortement déstabilisé. 

En 2012, une résolution de l’ONU conduit à la mise en place de la Minusma, Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation du Mali. Elle compte plus de 12 000 soldats et 1700 policiers, chargés de protéger les civils contre les violences intracommunautaires. 

Parallèlement, et également en application de la résolution de l’ONU, le 10 décembre 2012, les ministres des affaires de l’Union européenne ont décidé la mise en place de la mission EUTM Mali, European Union Training Mission. L’objectif : fournir des instructeurs à l’armée malienne, ainsi que du personnel d’appui pour le commandement et la logistique des forces armées maliennes. Cette mission regroupe un peu plus de 500 hommes, issus de 27 pays européens, et est actuellement placée sous le commandement d’un général autrichien.En plus de ces missions de soutien, à la demande du gouvernement malien, les Français ont lancé en janvier 2013 une opération militaire, Serval, qui a bloqué l’avancée des Djihadistes vers la capitale Bamako. L’objectif s’est ensuite élargi : l’aide militaire française devait permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale face à ces groupes djihadistes, puis endiguer leurs actions vers les pays voisins, notamment le Burkina-Faso et le Niger. D’où l’évolution de Serval en Barkhane, en 2014.

Qu’en est-il, au sein de Barkhane, de la task force européenne Takuba ?

Pensée dès 2018, mise en œuvre en mars 2020, l’opération européenne Takuba, dont le nom signifie « épée des touaregs », est une coalition de forces spéciales. Composée de 800 hommes, elle est portée et soutenue par la France, avec la participation de 11 nations européennes. Son Quartier général s’est installé dans la ville de Menaka, à l’extrême est du Mali, ville qui abrite aussi un camp de la Minusma. Takuba avait pour mission essentielle de soulager l’opération Barkhane. Son rôle devait s’accroitre avec le retrait progressif de la France, annoncé par le président Macron, le 10 juin 2021. Takuba devait prendre peu à peu le relai de Barkhane. Ou, dit autrement, l’Union européenne devait prendre le relai de la France.On peut aussi mentionner la Facilité européenne pour la paix à destination du Mali, décidée en mars 2021, et qui permet à l’Union européenne de financer des opérations et des équipements pour les forces maliennes. L’investissement initialement prévu était de 24 millions d’euros pour 30 mois.

Mais cela n’a pas suffi à stabiliser la région ?

Non, car les groupes djihadistes se sont greffés sur des tensions locales, qui leur ont permis de prospérer et de trouver des soutiens au sein des populations : ils ont exploité les tensions foncières et ethniques…notamment autour des pâturages du delta intérieur du fleuve Niger, où s’opposent éleveurs Peuls et paysans. Le scénario est comparable dans la région des trois frontières (Mali, Burkina-Faso, Niger), fragilisée par la faible présence des appareils d’Etat. 

Depuis mars 2017, l’offensive islamiste au Sahel s’est visiblement renforcée, sous l’influence du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), la filiale actuellement la plus active d’Al Qaida, qui a fédéré les forces de plusieurs groupes dans la région. 

L’enlèvement du journaliste Olivier Dubois, en avril 2021, les attentats répétés de ces derniers mois, la mort d’un soldat français, encore récemment, montrent que la situation est très tendue. 

Aussi le bilan de la lutte anti-terroriste française et européenne est-il mitigé. Bien qu’il ne soit pas strictement négatif. Il y a eu des succès, indéniables. Barkhane a poussé les djihadistes dans leurs retranchements, démantelé des réseaux et décapité les têtes pensantes ou opérationnelles. Mais ces succès n’ont pas été suivis d’une reconquête politique des territoires où reculaient les Djihadistes ; lesquels se sont adaptés et réorganisés. Au point que Bamako veuille, désormais, négocier avec eux.


Les coups d’Etats militaires ont-ils aggravé les choses ?

Les coups d’Etats militaires au Mali, en août 2020, et au Burkina Faso en janvier, ont modifié l’équilibre de la région. Sur les quatre pays du Sahel où était déployée la force anti-djihadiste Barkhane, trois (Tchad, Mali, Burkina) sont désormais dirigés par une junte militaire. Les discours anti-français et anti-européen y sont virulents. Dans leur propagande, groupes Djihadistes et gouvernement utilisent les Occidentaux comme boucs-émissaires, pour justifier la situation auprès des populations.

Parallèlement, afin de remplacer les Européens, le Mali a ouvert ses portes aux mercenaires de la société privée russe Wagner. Emmanuel Macron a accusé cette semaine Vladimir Poutine d’utiliser cette société au Mali pour servir des intérêts économiques et géopolitiques russes. Rappelons que la société Wagner a été créée en 2015, au Donbass. On le voit, ce qui se joue actuellement au Mali pourrait bien dépasser le strict cadre de la lutte anti-terroriste en Afrique…

Jenny Raflik au micro de Laurence Aubron


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