La guerre des étoiles

Les partenaires de l'Europe

© ESA & JAXA Les partenaires de l'Europe
© ESA & JAXA

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons pour un épisode consacré aux partenaires de l’ESA, et particulièrement à ses partenaires non-européens.

On a souvent parlé du CNES dans La guerre des étoiles, qui est l’agence spatiale française et l’une des plus anciennes agences spatiales existantes. Ses multiples expertises sont toujours un soutien à l’ESA et à d’autres agences spatiales, sans compter le nouveau Commandement de l’Espace des armées françaises, qui collabore étroitement avec.

Mais l’ESA a la force de vingt-trois états européens et d’un budget double par rapport à celui du CNES, et sa dimension européenne lui donne un poids supplémentaire pour conclure des partenariats avec d’autres agences et les institutions européennes.

La NASA est un partenaire évident de l’ESA, et une agence en elle-même tellement incontournable qu’on la mentionne chaque semaine. Quelles sont les autres agences avec lesquelles travaille l’ESA ?

Une mention honorable s’impose ante-invasion de l’Ukraine ; c’est l’agence spatiale russe Roscosmos. Dans notre épisode histoire consacré à l’ISS on avait parlé de la station MIR, qui a été visitée par de nombreux spationautes européens, et dont la relève, dans l’entre-deux avant l’ISS, était envisagée comme un partenariat ESA-Roscosmos.

Par ailleurs, le centre spatial guyanais à Kourou servait de pas de tir aux fusées russes Soyouz jusqu’à récemment.

Et le programme européen ExoMars est à la base une coopération entre l’ESA et Roscosmos. Des réunions de préparation avaient lieu avant l’invasion russe de 2022 sur la suite du programme, alors que le satellite TGO (Trace Gas Orbiter) orbitait déjà Mars depuis 2016 et transmettait -et transmet toujours- de précieuses données scientifiques, qui étaient partagées pour analyses et recherches avec Roscosmos.

Les relations s’étant forcément dégradées avec les vélléités territoriales de la Russie et l’ingérence anti-démocratique que l’Europe subit, l’ESA a plutôt renforcé ses partenariats avec d’autres agences extra-européennes.

Quelles sont-elles ?

Dans la catégorie des pays peu démocratiques, on retrouve notamment la CNSA, l’agence spatiale chinoise. Qui a d’ailleurs remplacé Roscosmos dans les perspectives martiennes de l’ESA, dans un sens, puisque le budget de Mars Sample Return est jugé trop élevé par la NASA, là où la mission Tianwen-3 de la CNSA vise aussi à rapporter sur Terre des échantillons martiens. Mais tout ça sont des suppositions, là où une coopération existe déjà entre l’ESA et la CNSA sur le programme lunaire chinois : l’ESA a apporté un soutien technique à la Chine au début de son exploration des cratère lunaires dans les années 2010s. Et actuellement, la coopération entre l’ESA et l’Académie des Sciences Chinoises va résulter en un lancement cette année d’un satellite pour récolter des données sur les interactions entre la magnétosphère terrestre –donc le champ magnétique de notre planète– et les vents solaires.

Outre la CNSA chinoise, Roscosmos, et la NASA trumpienne de moins en moins fiable comme partenaire, y a-t-il des coopérations prometteuses pour l’ESA ?

Deux partenaires de l’ESA de longue date continuent de coopérer sur des programmes : la JAXA, l’agence spatiale japonaise, et la CSA, l’agence spatiale canadienne. Avec la NASA et Roscosmos, ce sont les cinq agences spatiales historiques de l’ISS, et du club jusqu’à récemment très restreint de l’accès à l’orbite.

La CSA, à l’image d’ailleurs du Canada plus généralement, est un partenaire traditionnel de la NASA et de l’ESA, qui a une réputation pour les bras articulés, qui ont fait sa renommée sur les navettes de la NASA, sur l’ISS, et qui est l’une des agences au coeur du programme Artémis, on a d’ailleurs mentionné Jeremy Hansen, astronaute canadien sur la mission Artémis II il y a quelques semaines. Tout comme l’ESA a gagné des places pour ses astronautes dans le programme, la CSA et la JAXA en ont fait de même.

Mais même sans le concours de la NASA, l’ESA est en relation directe avec ces agences : par exemple le programme BepiColombo est une coopération européo-nippone, une sonde scientifique envoyée vers Mercure en 2018 sur fusée européenne, qui a déjà réalisé plusieurs survols de la planète de notre système la plus proche du Soleil –ce qui en fait donc une planète dure à atteindre et à analyser, mais BepiColombo atteindre l’orbite de Mercure à la fin de l’année 2026 pour commencer des analyses scientifiques de routine en 2027. Et tout cela purement entre la JAXA et l’ESA !

Le Japon est un pays qui après la Seconde Guerre Mondiale a été beaucoup tourné vers les Etats-Unis, la JAXA a donc su se tourner vers des partenaires européens là où son économie reste profondément liée aux Etats-Unis et aux pays d’Asie du Sud-Est.

Absolument. C’est un contraste d’autant plus parlant quand on réduit encore plus l’échelle : le CNES, donc l’agence spatiale française, et le DLR, l’agence spatiale allemande, sont partenaires de la JAXA dans le cadre du programme japonais MMX d’exploration du satellite martien Phobos. Et le rover Idefix qui explorera Phobos a été conçu et fabriqué en Europe, comme son nom gaulois le laisse deviner ! Alors même que la France représente moins d’1% du volume d’échanges commerciaux avec le Japon.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.