Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.
Nous nous retrouvons dans La guerre des étoiles pour unsujet d’actualité : le lancement de la mission sino-européenne SMILE. Nous avions évoqué cette mission dans notre épisode sur les partenaires de l’Europe, la voilà en orbite et opérationnelle !
Absolument, le lancement a été une réussite. Pour rappeler SMILE est une mission chargée de récolter des données scientifiques sur la magnétosphère et l'ionosphère de la Terre, la magnétosphère est les champs magnétiques qui nous protègent des vents solaires et des rayons cosmiques, magnétosphère qui est générée par l’activité interne de notre planète. La ionosphère est juste en dessous de la magnétosphère, c'est la couche la plus élevée. de notre atmosphère, et c’est elle qui interagit le plus avec les radiations solaires.
En quoi la mission SMILE se distingue d’autres missions actuelles dont nous ne parlons pas nécessairement ?
Scientifiquement parlant, elle n’a rien de révolutionnaire — même si c’est passionnant et représente un nouveau progrès pour la science. Ce qui est particulièrement intéressant, du moins à titre personnel, c'est que SMILE est le fruit d'une pléthore de collaborations intra- et extra-européennes ; et le retour de Vega-C, une fusée tout aussi emblématique que Ariane 5, mais qui n’en a pas l’aura.
Les fusées d’Ariane Group, et dernièrement Ariane 6, la dernière itération, sont effectivement bien connues du grand public.
Avio, le maître d'œuvre italien des fusées Vega, a pourtant sa patte aussi sur les Ariane,dont il est fournisseur de moteurs. Et d'ailleurs, tant que l'on parle des moteurs d'Avio, petite anecdote pour briller en société : Avio est la filiale d’aviation créée par Fiat au début du 20e siècle !
La Vega-C est la version plus puissante de la Vega, le pendentif des lanceurs légers européens à Ariane, qui est un lanceur lourd et anciennement du lanceur moyen russe Soyouz. Vega a été conçu pour être la fusée de l’agence spatiale européenne, pour combler le manque de petits lanceurs dans les années 2000 et 2010. C’est un soulagement de voir à nouveau voler Vega, qui a été affecté par la guerre en Ukraine, puisque le fabricant d’un de ses étages est basé à Dnipro, en pleine zone de conflit. Et la Vega-C a eu une série noire d’échecs de lancements entre 2019 et 2022, donc c’est une livraison en orbite qui rassure pour les vols planifiés des prochaines années. D'autant plus que c'est la première fois qu'Avio est opérateur du lancement, un rôle qui était jusqu'à présent rempli par Arianespace.
Ce changement d’opérateurs marque finalement une coopération intra-européenne en moins, alors.
Certes –même si le CNES a beaucoup soutenu Avio pour cette transition. Mais SMILE se rattrapez avec le nombre de contributeurs à la mission ! C'est la filiale espagnole d'Airbus Défense & Space qui a construit le squelette du satellite, des instituts et universités les britanniques ont réalisé l’instrument principal de SMILE pour l’ESA ; et des entreprises et les instituts de quatorze pays européens ont été sollicités en tout, selon l’ESA. Et bien sûr, c’est sans compter la collaboration avec l’Académie des Sciences chinoises, qui a fourni –elle-même également par le biais de participations diverses en Chine– les trois autres instruments de SMILE ; qui a assemblé tout cela ; et qui opérera SMILE en orbite.
Quelles sont les prochaines étapes pour SMILE ?
SMILE a été placé en orbite basse (à 700 km d’altitude) par la Vega-C, mais va utiliser son propre carburant pour s’éloigner considérablement de nous –jusqu’à 121 000 km au-dessus du pôle Nord (pour comparaison, l’altitude géostationnaire des satellites de la géolocalisation comme Galileo est à 36 000 km, et TESS, le télescope américain de recherche d’exoplanètes, est à 362 000 km). Donc SMILE va passer d'une orbite basse à une orbite elliptique extrême, puis redescendra à seulement 5000 km –la frontière basse de l’orbite terrestre moyen– pour transmettre les données aux scientifiques. Et il va lui falloir un bon mois avant de commencer ses récoltes de données, il a été lancé le 19 mai 2026, mais ne sera complètement opérationnel qu’en juillet.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.