La guerre des étoiles

ESA et EUSPA, quelle différence ?

ESA et EUSPA, quelle différence ?

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour éclaircir un point sémantique : après avoir parlé d’IRIS², pouvez-vous nous expliquer quelle est la différence entre l’ESA et l’agence en charge de la constellation de satellites de l’Union européenne ?

Ça porte à confusion quand on y regarde pas de très près, effectivement ! Il y a une myriade d’agences spatiales en Europe, l’Europe au sens de continent, et elles sont plus ou moins vieilles. Chaque pays membre de l’ESA, l’agence spatiale européenne, la vieille, la “vraie”, entre guillemets, a aussi son agence spatiale propre. Dans le cas de la France, c’est le CNES, dans le cas de l’Allemagne, le DLR, dans le cas de la Suisse, qui est membre de l’ESA mais pas de l’UE, c’est le SSO, etc. Et tout ce petit monde participe à l’ESA, European Space Agency en anglais.

Que faut-il retenir de l’ESA, en quelques chiffres et dates-clés ?

L’ancêtre de l’ESA a été créé en 1962, et l’ESA a été fondée en 1975, à l’initiative notamment du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France, et c’est pour ça que son quartier général est à Paris. C’est la troisième plus grosse agence spatiale au monde après la NASA et la CNSA, l’agence spatiale chinoise, ce qui fait sens au vu de l’envergure des missions réalisées. L’ESA a été créée dans un but logique de faciliter la mise en commun des savoirs-faire des agences européennes nationales, pour coopérer avec la NASA, particulièrement à l’époque sur le projet de navette spatiale américaine, et pour financer et développer un lanceur souverain, Ariane. Aujourd’hui, le budget de l’ESA, qui provient des contributions des Etats membres, est de presque 8 milliards d’euros pour 2025.

Et sur les dates-clés des missions, il y en a énormément, mais je n’en citerai qu’une ici : l’ESA a participé à la conception, la fabrication, et a lancé sur Ariane 5 le satellite spatial James-Webb en 2021, le nec plus ultra de l’observation du cosmos, qui permet quotidiennement d’observer l’univers, de comprendre sa création, son évolution, et quelle place nous y occupons.

Et l’Union européenne dans tout ça, alors ?

L’UE a son agence spatiale aussi, séparée de l’ESA. Après, l’UE et l’ESA collaborent énormément sur plein de programmes, pour ne citer que le plus célèbre, Galileo. L’Agence de l'Union européenne pour le programme spatial a été fondée en 2004, très récemment donc, et c’est une agence avant tout de soutien et de coordination. Contrairement à l’ESA, ou même au CNES, l’EUSPA, de son joli acronyme, ne produit pas elle-même de recherches, elle délègue, elle sous-traite, elle passe commande, et elle a un rôle de coordination et de management de projets.

Par exemple, dans le cas de la constellation de géolocalisation Galileo, l’agence n’a rien construit elle-même, il n’y a pas de savoir-faire de fabrication, c’est une entité administrative basée à Prague. Dans le cas de la constellation IRIS², pareil, les contrats ont été confiés à des entreprises par appel d’offre, pour la totalité du projet, là où l’ESA emploie des chercheurs, des ingénieurs, et des astronomes qui utilisent les appareils mis en orbite ou envoyés dans le système solaire et analysent eux-même les données récoltées.

A vous entendre, les deux agences ne se font pas de concurrence…

Vraiment pas, elles n’ont pas du tout été créées avec les mêmes objectifs, pas pour répondre aux mêmes besoins, et leurs structures internes et leurs fonctionnements n’ont rien à voir. L’ESA c’est une agence propre, mais qui dépend des contributions de ses Etats-membres, qui a une direction, mais pas de velléités politiques, c’est avant tout une agence de recherche, d’exploration et d’innovation. L’UESPA, c’est un organe de l’UE, qui a une direction qui prend elle-même ses ordres de l’exécutif européen, donc de la Commission européenne, et qui sert les intérêts définis par les programmes européens, par les institutions majeures européennes que sont la Commission, le Conseil européen, le Parlement, et dans une moindre mesure, le Conseil de l’UE.

L’ESA, c’est presque trois mille employés, l’UESPA, c’est à peine plus de 200, et le budget de l’agence de l’UE est quasiment inexistant, parce que c’est un organisme de gestion qui transfère des fonds européens qui sont alloués à des programmes par le triumvirat institutionnel.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.