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Bucarest : adopte une école

Photo de Miguel Marques sur Unsplash Bucarest : adopte une école
Photo de Miguel Marques sur Unsplash

Une chronique de Christine Le Brun, Experte Smart Cities & Places chez Onepoint, où nous parlerons de villes, d’outils et de technologies numériques, de données, mais aussi des citoyens et de ceux qui font les villes.

Christine Le Brun, vous êtes experte en territoires intelligents au sein du groupe Onepoint. Aujourd’hui nous nous intéressons à un sujet de santé publique, la pollution de l’air. La ville de Bucarest a décidé de s’attaquer au problème, en particulier dans les écoles.

La qualité de l’air, c’est un sujet qui génère beaucoup de projets car ce n’est une surprise pour personne, l’air que nous respirons n’est pas toujours au top. Cela peut avoir des causes naturelles, comme les épisodes de pollen par exemple. Mais bien sûr, l’activité industrielle, les systèmes de chauffage ou encore le trafic routier émettent des quantités importantes de particules nocives que nous inhalons sans même nous en rendre compte. Le sujet est encore plus critique pour les enfants qui respirent plus vite que les adultes et davantage par la bouche. Sans le filtre naturel du nez, ils absorbent plus d’air et de polluants, et leurs poumons incomplètement développés les rendent encore plus vulnérables. Ainsi, la pollution de l’air augmente la susceptibilité des enfants à développer des allergies respiratoires, qui pourront dégénérer en pathologies chroniques à l’âge adulte. On a donc là un sujet de santé publique important et s’intéresser à l’air dans les écoles est plus qu’une bonne idée, je dirais une nécessité.

Et il me semble que dans le registre de l’étude de la qualité de l’air, toutes les villes ne sont pas logées à la même enseigne, n’est-ce pas ?

En effet Laurence, en France nous avons la chance d’avoir tout un réseau d’agences régionales qui observent en permanence et étudient la qualité de l’air, en se basant sur un bon maillage de stations de mesure. Ce sont par exemple Atmosud en région Sud ou AirBreizh en Bretagne, qui collaborent étroitement avec les collectivités pour mettre en place des politiques de prévention. Par contre, la Roumanie fait partie des derniers pays de l’Union Européenne à ne pas disposer d’un vaste réseau de capteurs pour mesurer la qualité de l’air. Les villes doivent donc se débrouiller pour adresser le sujet.

C’est donc ce qu’a décidé de faire Bucarest avec un programme qui s’appelle CityAir, c’est bien cela ?

Exactement. Le projet a été initié avec l’Association Roumaine pour la Ville Intelligente. C’est en fait un programme national, mais qui est initié à Bucarest en pilote. Il vise à devenir un grand mouvement collectif de surveillance et d’amélioration de la qualité de l’air dans les écoles, dans toute la Roumanie. Mais pour améliorer, il faut comprendre, et pour comprendre, il faut des données. CityAir a donc pour objectif de mesurer les principaux paramètres de qualité de l’air, d’analyser les données reçues et de les restituer sur une plateforme. Et partant du principe que les solutions nécessiteront une collaboration entre les autorités locales et la société civile, le projet repose sur le principe d’Open Data et cette plateforme est donc ouverte au public, comme aux collectivités.

Et quelle est l’envergure du dispositif initial ?

Le programme a débuté par l’installation de 60 stations de surveillance de la qualité de l’air dans 30 écoles de Bucarest : à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment. Les stations mesurent en temps réel les particules de plusieurs type, ainsi que l’humidité, la pression et la température. Ces données sont stockées dans la plateforme et restituées avec un indice de qualité sur une carte interactive accessible à tous sur le web et sur une appli mobile. Celle-ci peut même émettre des alertes en cas de mauvaise qualité. Périodiquement, pour chaque école, des rapports montrent comment la qualité de l’air a évolué sur une plus longue période.

Ça c’est pour le projet initial. Comment imaginent-ils élargir la démarche ?

Et bien là, pour financer l’extension du programme, l’Association Roumaine pour la Ville Intelligente Bucarest a imaginé un procédé peu courant dans ce type de projet. Elle mise sur la création d’une communauté d’intérêt autour du sujet et a mis en place une sorte de crowdfunding en incitant les entreprises, ou même des particuliers, à s’impliquer dans une démarche collaborative. Grâce à ce volet du programme, qu’ils ont nommé « Adopte une école », les contributeurs peuvent ainsi parrainer une école, en échange d’une visibilité sur la plateforme et d’une valorisation de leur participation lors de divers évènements. Les fonds récoltés permettent d’acheter des capteurs, de les déployer et de faire évoluer et vivre le programme. Je n’ai malheureusement pas réussi à trouver l’info sur le nombre de partenaires qu’ils ont pu mobiliser jusqu’ici mais je trouve l’idée intéressante.

Et enfin, pour compléter ces informations quantitatives, le projet comporte aussi un volet éducatif

Tout à fait. Dans les écoles concernées, des ateliers interactifs sur l’environnement sont proposés pour expliquer d’où vient la pollution, ses effets et comment la réduire. Par exemple en insistant sur le fait que venir déposer ou chercher son enfant à l’école en laissant tourner le moteur génère une pollution sur le moment, mais qu’en plus cette pollution persiste longtemps après votre départ. A n’en pas douter, cela a dû occasionner quelques discussions dans la voiture à l’heure du gouter !

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.