Une chronique de Christine Le Brun, Experte Smart Cities & Places chez Onepoint, où nous parlerons de villes, d’outils et de technologies numériques, de données, mais aussi des citoyens et de ceux qui font les villes.
Christine Le Brun, vous êtes experte en territoires intelligents au sein du groupe Onepoint. Pendant les fêtes, vous avez eu la chance d’aller en Norvège et comme vous avez pensé à Euradio, vous nous en rapportez une petite expérience.
Oui Laurence, pour la fin de l’année, j’ai passé une petite semaine à Oslo. C’est une ville pleine de contrastes, au développement très dynamique. Sa population a doublé en 30 ans et dépasse actuellement les 700 000 habitants, une taille comparable à celle de l’agglomération toulousaine. Ce qui frappe tout de suite à Oslo, c’est la lumière. La douceur des lumières du Nord bien sûr, mais surtout le fait le jour est très court : même si on est plutôt au sud de la Norvège, à Oslo fin décembre le soleil se lève vers 9h15 et se couche peu après 15h. La qualité de l’éclairage est donc cruciale pour que la ville reste praticable une bonne partie de la journée. Cette longue durée d’allumage du système augmente d’autant le coût du service public.
Ce qui en fait donc un enjeu économique.
Forcément. Si l’on compare à nouveau les 2 villes, on a besoin de 3h de plus d’éclairage par jour à Oslo qu’à Toulouse. Soit en théorie 20% de consommation supplémentaire en période hivernale. C’est dont un poste de dépense publique bien plus important pour les pays nordiques. De plus, en limitant la consommation électrique, on contribue à réduire les émissions de CO2 issues des centrales thermiques qui produisent en partie cette électricité. C’est donc aussi un enjeu environnemental qui fait que de nombreuses villes scandinaves comme Copenhague, Göteborg ou Oslo ont souvent été en avance sur les sujets d’éclairage intelligent.
Pouvez-vous nous rappeler sur quoi repose la notion d’éclairage intelligent ?
En général on y associe 2 choses : en premier lieu le remplacement des ampoules à incandescence par de la LED. On considère en général qu’une ampoule à LED consomme 10 fois moins d'électricité, tout en ayant une durée de vie minimum de 35 000 heures, soit 25 fois plus qu'une lampe à incandescence. Rien de super smart là-dedans, il s’agit juste de changer les ampoules, et on gagne déjà beaucoup. L’intelligence vient du fait qu’on en profite pour installer un système de pilotage avancé de l’installation, en connectant les lampadaires à Internet. Cela veut dire qu’il devient alors possible de contrôler chaque point lumineux à distance, depuis un poste de contrôle centralisé.
Et donc de l’adapter plus facilement au besoin réel ?
C’est ça. Avec les systèmes précédents, c’était un peu « on ou off ». Et on ajoutait un timer pour déclencher l’allumage ou l’extinction des feux. Et si c’était bien fait, quelqu’un changeait ce timing lors des changements de saison. Avec un système intelligent, on peut calibrer l’intensité de l’éclairage, par exemple en l’augmentant ou en le diminuant progressivement en début en et en fin de nuit. On peut aussi se permettre de le réduire en pleine nuit, quand quasiment tout le monde dort. Accessoirement cela préserve la biodiversité. Cette programmation plus fine peut se faire de manière globale, mais aussi individuellement sur chaque point lumineux. Car toutes les rues ne sont pas logées à la même enseigne : certaines zones très fréquentées ont des besoins supérieurs, et plus tard dans la nuit. On peut aussi renforcer l’éclairage des passages piétons, ce qui incite à les emprunter et donc augmente la sécurité.
Et comme tout est connecté on peut même aller plus loin je crois ?
Tout à fait. En installant différents types de capteurs, on peut rendre le système plus réactif au contexte en chaque point. Mesurer le niveau réel de luminosité permet d’allumer si celle-ci baisse beaucoup dans la journée, par exemple en cas de brouillard. Les capteurs de présence permettent de réduire drastiquement l’intensité de l’éclairage, mais de rallumer si un piéton ou une voiture se présente. Certaines villes sont même allées jusqu’à tester un allumage renforcé en cas de détection de bruit, pour prévenir les agressions.
Et donc, pour revenir à Oslo, ils ont fait tout ça ?
Cela fait plus de 10 ans qu’Oslo travaille sur son système d’éclairage intelligent. 65 000 points d’éclairage ont été connectés au système de pilotage, qui permet de contrôler les niveaux et le timing de l’éclairage depuis des ordinateurs, des tablettes et des applications smartphone. Les économies d’énergie réalisées, autour de 1,2M€/an, ont généré un retour sur investissement en 3 ans. Mais la maîtrise de la consommation électrique n’est pas le seul bénéfice qu’ils mettent en avant. La maintenance a également beaucoup progressé. Chaque lampadaire connecté renvoie une information sur son état : les tournées d’inspection sont devenues inutiles et les remplacements en cas de panne se font plus rapidement. De plus, la conservation de l’historique de maintenance de chaque équipement facilite la planification des opérations de contrôle. Et petit à petit, de nouveaux usages se mettent en place, comme l’adaptation de l’éclairage aux évènements, comme la période des fêtes par exemple.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.