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Rennes : La Vilaine et l’adaptation

Photo de Thanh Ly sur Unsplash Rennes : La Vilaine et l’adaptation
Photo de Thanh Ly sur Unsplash

Une chronique de Christine Le Brun, Experte Smart Cities & Places chez Onepoint, où nous parlerons de villes, d’outils et de technologies numériques, de données, mais aussi des citoyens et de ceux qui font les villes.

Bonjour Christine Le Brun, vous êtes experte en territoires intelligents au sein du groupe Onepoint. Aujourd’hui nous restons en France et vous allez nous parler d’un projet qui vous touche de près, puis que ça se passe à quelques kilomètres de chez vous…

En effet, et ce n’est pas en rapport avec un des projets numériques qui foisonnent pourtant à Rennes. Cela fait quelques temps que j’avais en tête de vous parler du chantier de découvrement de la Vilaine à Rennes. Un projet dont j’ai vu les tout premiers prémices puisque j’avais eu l’occasion de participer à l’un des appels d’offres initiaux sur cet aménagement.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots ce dont il s’agit ?

La Vilaine, c’est le fleuve qui traverse toute la ville de Rennes d’Est en Ouest. Dans les années 60, pour faciliter l’accès au centre-ville, on a construit une grande dalle en béton qui en recouvrait une bonne partie pour créer un parking. Un aménagement classique à l’époque mais qui aujourd’hui pose question.

Vous voulez dire qu’un tel projet ferait un peu tâche s’il était proposé aujourd’hui dans un contexte de transition écologique ?

Vous m’avez parfaitement comprise Laurence… Premièrement, l’ère des voitures-reines est terminée. Toutes les collectivités ont aujourd’hui à cœur de les éloigner des centres-villes et de favoriser les mobilités douces, pour des questions de qualité de l’air et de décarbonation. Ensuite, on sait, et on en a souvent parlé ici, que la présence d’eau est un atout majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique et les ilots de chaleur.

Ce chantier peut donc être vu comme une solution d’adaptation au changement climatique ?

Absolument. Dans ce contexte, la découverture et la renaturation d’une rivière au cœur même de la ville constituent une solution d’adaptation qui présente de multiples bénéfices : on rafraichit les espaces en bordure de l’eau, on crée des zones propices à la faune et la flore, et on prévient les risques de crues. Sans compter que visuellement, comme sensoriellement, c’est quand même plus agréable. Concernant les ilôts de chaleur justement, le programme s’enrichit d’un projet de recherche qui va étudier l’impact réel sur les températures. Grâce à des capteurs installés avant le démarrage du chantier, celles-ci seront mesurées pendant 10 ans, de manière à objectiver les bénéfices d’une telle opération en matière d'adaptation au changement climatique. C’est une opportunité d’observation sur un temps long qui est plutôt rare.

J’imagine qu’un chantier d’une telle ampleur ne doit pas ravir tout le monde ?

En effet. Cependant, la municipalité indique qu’en terme de processus démocratique, elle n’est jamais allée aussi loin. Cela a démarré dès 2016, avec de nombreuses concertations et ateliers qui devaient permettre aux habitants de comprendre les projets urbains en cours, de se projeter à l’horizon 2030 et de partager leurs envies pour le futur. Des questions précises concernant les options d’aménagement ont été posées à la population, notamment à travers la Fabrique Citoyenne, la plateforme de démocratie participative rennaise. Enfin, le choix final a été soumis à un jury citoyen. Grâce à cela, et à pas mal de communication dans la presse locale, les enjeux ont été très bien appréhendés, l’adhésion est très large et les réticences concernent plutôt les nuisances liées aux travaux.

Et ces nuisances, justement, elles ne concernent pas que les riverains ?

En tout cas, elles concernent aussi un autre type de riverains : les chauves-souris qui nichaient sous la dalle, et qu’on a entrepris de reloger. Certaines d’entre-elles appartiennent à une espèce protégée, le murin de Daubenton. Du coup, avant le début des travaux, on a percé des nichoirs sous les ponts voisins, avant de contraindre les animaux à déménager au moyen de gros projecteurs lumineux. Cet effarouchement, puis le chantier, ont démarré à l’automne, après la période où les femelles ont leurs petits et avant l’hiver où elles hibernent.

Voilà pour le volet biodiversité. Et pour les déchets de chantier, j’ai entendu parler d’une autre innovation, fluviale c’est bien cela ?

C’est un volet très impressionnant du chantier, qui attire beaucoup de badauds. En fait, l'ensemble des interventions se fait depuis la rivière elle-même. Une grue est installée sur une barge, et petit à petit, elle grignote la dalle par petits morceaux. C’est plus efficace que de la scier, ce qui est la méthode classique, très bruyante et génératrice de poussières. Ensuite, les déblais sont eux aussi évacués par barge, ce qui évite de nombreux allers-retours de camions et limite le blocage des quais. Enfin, les bétons issus du chantier de déconstruction seront recyclés et valorisés dans le cadre d’autres chantiers rennais.

Voilà donc un sacré chantier qui va faire date.

C’est clair ; et je dois dire que c’est assez sympa de le voir progresser et que je suis très impatiente de voir le résultat final ! 10 ans c’est beaucoup, sans doute trop. Mais ce temps long est malgré tout important. En travaillant très très en amont sur les envies de la population, on a fait émerger l’intérêt pour le sujet, avant même qu’il soit formalisé. Puis lorsque le projet se précise, on réitère les concertations sous différentes formes tout au long du process, en associant communication et pédagogie. Cela fait le reste. On a hâte d’en voir la fin mais pour un projet de cette ampleur et aussi structurant à bien des égards, je trouve que tous ces efforts valaient la peine.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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