La semaine de Quentin Dickinson

L'inflation atteint des sommets

L'inflation atteint des sommets

Alors, avez-vous passé une bonne semaine ?

Oui et non, c’est selon. Car l’inflation ne frappe pas uniquement le panier de la ménagère, mais se manifeste aussi dans l’accroissement spectaculaire de l’actualité européenne, de sorte qu’aujourd’hui, il me faut faire un choix cruel parmi les quatorze événements de la semaine qui, tous, auraient mérité votre attention. Exemple : j’avais pensé évoquer l’influence de la politique sur le Concours Eurovision de la Chanson (et vice-versa), or, faute de temps, je ne le ferai pas - cela pourra bien attendre l’année prochaine. De même, je ne reviendrai pas sur la magistrale tournée européenne du Président ZELENSKY à ROME, BERLIN, PARIS, et LONDRES, déjà longuement traitée par mes collègues des plages d’information d’euradio ; pas un mot non plus sur les élections en Turquie – il sera toujours temps d’en parler à l’occasion du second tour le 28 mai.

Bon, mais alors, on commence par quoi ?

Par le Sommet de la Démocratie, organisé à COPENHAGUE. Évacuons d’abord l’insolite : vous vous demandiez ce qu’il était advenu de Mme Liz TRUSS, Première ministre britannique pendant (presque) cinquante jours. Eh bien, elle était là, et plusieurs personnes l’auraient même reconnue. Fin de la parenthèse. En duo inattendu avec l’actuel Secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens STOLTENBERG, son prédécesseur, le Danois Anders Fogh RASMUSSEN s’est livré à une prospective qui a retenu l’attention :  selon lui, la guerre en Ukraine déclenche une remise à zéro de la géopolitique mondiale, qui se traduit déjà par l’émergence de deux blocs antagonistes, celui des démocraties et celui des autocraties. Mais, dit-il, il existe quantité de pays qui sont un peu des deux, comme l’Inde, une incontestable démocratie parlementaire, qui a toutefois des liens avec la Russie, mais qui se méfie de la Chine, tout en ayant un partenariat de sécurité réciproque avec les États-Unis. Le bloc démocratique doit donc faire porter tous ses efforts pour attirer à soi les pays de cette zone grise.

En attendant, pour l’Inde, c’est plutôt mal parti : à la première réunion du Sommet euro-indien sur le Commerce et la Technologie, les Européens ont surtout reproché aux Indiens de contourner les sanctions contre la Russie, en achetant à vil prix le pétrole brut russe, en le raffinant chez eux, avant de l’exporter vers l’UE. Les ministres indiens ont eu un peu de mal à expliquer comment leurs importations mensuelles d’hydrocarbures russes se sont multipliées par 63 (!) depuis le début du conflit en Ukraine.

Autre Sommet, celui du Conseil de l’Europe…

…qui s’est tenu à REYKJAVIK. Ce n’est que la quatrième fois depuis sa création en 1949 que se réunissent au sommet les pays-membres, aujourd’hui au nombre de 46, de ce cousin éloigné et méconnu de l’Union européenne, basé à STRASBOURG. Les participants ont insisté sur la priorité à donner aux poursuites judiciaires à lancer contre les responsables et les complices de l’agression militaire de la Russie, pays déjà exclu de leurs rangs.

On risque par ailleurs une indigestion de sommets européens ces jours-ci, vu que la Communauté politique européenne, enfant d’Emmanuel MACRON, se réunira en Moldavie le 1er juin.

Allons, encore un Sommet, on ne s’en lasse pas…

Si vous insistez. C’est celui du G7, qui s’est tenu à HIROSHIMA. J’ai surtout noté que la Présidente du Conseil italien, Giorgia MELONI, y a laissé entendre que son pays, qui, il y a quatre ans, avait souscrit avec enthousiasme à l’initiative chinoise de la Nouvelle Route de la Soie, suivra l’exemple de la Lituanie en se retirant d’une opération propre à créer une dépendance irréversible à la Chine.

Enfin, pour mémoire, un (dernier !) sommet – celui-ci sans nuage - entre l’UE et la Corée du Sud s’est tenu à SÉOUL.

Et vous avez des nouvelles de la commissaire européenne démissionnaire ?

Mme Mariya GABRIEL a quitté la Commission pour tenter de former une coalition gouvernementale chez elle en Bulgarie, mais il semblerait qu’elle ait surestimé ses chances de succès, vu l’imbroglio politico-mafieux dans lequel sombre le pays. En cas d’échec, il serait surprenant qu’elle retrouve son poste à BRUXELLES – mais pas totalement exclu, vu que SOFIA n’a encore nommé aucun successeur.

Et pour terminer, un mauvais point et deux coups de chapeau.

Commençons par ce qui fâche : une commission d’enquête intergroupes du Parlement européen s’est rendue en Hongrie pour y voir plus clair sur l’utilisation des aides financières de l’UE. De retour à BRUXELLES, les membres en ont sobrement commenté que l’organisme de contrôle budgétaire hongrois était totalement inefficace, et que les marchés publics étaient verrouillés au bénéfice de la famille et des amis du Premier ministre, Viktor ORBÁN.

Et les coups de chapeau, alors ?

D’abord pour les cinq jeunes Européens, retenus parmi 22.000 candidats à la formation de spationaute par le Centre astronautique européen à COLOGNE. Leur formation durera un an, et tous effectueront au moins un vol spatial avant 2030. On ne sait pas si, en plus, l’un d’entre eux peut espérer s’envoler vers la Lune dans le cadre de la mission Artemis de la NASA.

Et vos autres félicitations…

…vont au Vice-président exécutif de la Commission européenne, le Néerlandais multilingue Frans TIMMERMANS, pour avoir déclaré « C’est la toute première fois qu’une langue internationale ne soit pas réservée aux élites – c’est bien. Ce qui l’est moins, c’est que cette lingua franca soit le mauvais anglais ».

Je n’ai rien à ajouter, tout est dit.

Entretien réalisé par Laurence Aubron.