Échos d'Europe

L'extrême droite en Europe avec Mélanie Vogel

Photo de Lukas sur Unsplash L'extrême droite en Europe avec Mélanie Vogel
Photo de Lukas sur Unsplash

Michel Derdevet, président du think tank Confrontations Europe revient dans cette chronique hebdomadaire sur les dernières publications de son organisation, notamment de sa revue semestrielle. Énergie, numérique, finances, gouvernance européenne, géopolitique, social, les sujets d'analyse sont traités par des experts européens de tout le continent dont le travail est présenté par Michel Derdevet.

Dans le numéro 140 de sa revue, Confrontations Europe a publié un article de la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, dans lequel elle alerte sur la progression de l’extrême droite en Europe et sur le rôle crucial que doivent jouer la France et l’Allemagne pour préserver le projet européen. Dans cet épisode, Michel Derdevet nous présente une analyse du phénomène.

Dans quelle mesure la montée de l’extrême droite en Europe menace directement le projet européen ?

Mélanie Vogel souligne un point absolument central : si le cœur démocratique de l’Europe vacille, l’ensemble du projet européen peut s’effondrer. Elle rappelle que l’Union Européenne est née pour dire plus jamais au nazisme et pour construire une paix durable. Si l’un des deux piliers du couple historique, la France ou l’Allemagne, entrait dans une coalition dominée ou même influencée par l’extrême droite, nous perdrions ce noyau démocratique qui permet de former des majorités stables au Conseil européen.

L’auteure insiste aussi sur l’effet domino : une telle évolution galvaniserait les autres mouvements nationalistes déjà au pouvoir dans plusieurs pays. Et dans un monde marqué par les tensions internationales, l’affaiblissement de l’Union ferait reculer le multilatéralisme et l’influence même du droit. Donc oui, son avertissement est fort, mais il est juste : la stabilité franco-allemande est une condition de survie pour l’Europe telle que nous la connaissons.

Quels sont les points les plus structurants pour endiguer la progression de l’extrême droite ?

Ce que dit Mélanie Vogel est très éclairant : selon elle, la démocratie pourrit d’en haut, pas d’en bas, et l’extrême droite prospère sur les défaillances sociales et institutionnelles.

Je vois trois idées essentielles dans son analyse.

D’abord, la justice sociale. L’article insiste sur le sentiment d’abandon, le délabrement des services publics, ou encore l’injustice fiscale qui mine la confiance. Elle rappelle que les aides publiques massives aux entreprises contrastent avec la difficulté à financer dignement la santé ou l’éducation. Pour elle, chaque progrès social est une digue supplémentaire contre l’argumentaire autoritaire.

Ensuite, l’affirmation claire de nos valeurs démocratiques. Elle met en garde contre la tentation de se dire que ces positions seraient inaudibles : céder sur la démocratie, l’égalité femmes-hommes, les droits LGBTQIA+ ou l’accueil des migrants, c’est déjà perdre du terrain. Les forces progressistes ne doivent pas laisser l’agenda être dicté par la peur.

Enfin, la résilience des institutions. Le système français est fragile : on a une centralisation excessive, une concentration médiatique, et une faiblesse des contre-pouvoirs. Elle plaide pour un renforcement du Parlement, des médias indépendants et de la justice. Là aussi, c’est un point crucial : une démocratie robuste est le meilleur rempart à toute tentation autoritaire.

Justement, elle insiste sur le rôle particulier du couple franco-allemand dans ce combat démocratique. Comment ce tandem peut-il, selon vous, redevenir ce moteur que l’Europe attend ?

La France et l’Allemagne ont une responsabilité historique. Elles doivent redevenir, ensemble, un moteur non seulement économique, mais démocratique. Cela signifie plusieurs choses.

D’abord, montrer que l’Europe n’est pas synonyme d’austérité, mais d’un projet de prospérité partagée, capable d’investir dans les services publics et la transition écologique. Mélanie Vogel insiste sur ce point : si les citoyens voient que l’Europe améliore leur vie quotidienne, l’extrême droite perdra du terrain.

Ensuite, porter une vision culturelle et politique claire, fondée sur l’égalité, les droits fondamentaux, l’État de droit et l’écologie. La bataille des idées se joue aussi au niveau européen : les alliances progressistes transnationales peuvent amplifier les avancées et créer une majorité sociale plus solide.

Enfin, le couple franco-allemand doit incarner une Europe résiliente, en poussant les États à renforcer leurs institutions démocratiques. L’idée n’est pas seulement de faire barrage, mais de proposer un avenir désiré, une « vague verte, féministe, démocrate et juste », pour reprendre les mots de l’auteure.

En somme, si Paris et Berlin assument ce rôle, ils peuvent contribuer à achever ce projet démocratique dont l’Europe a besoin.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.