Dans Il était une fois l'Europe, l'historien Sylvain Schirmann revient sur des dates emblématiques de l'Histoire de l'Europe toutes les deux semaines sur Euradio.
Le 1er août 1975, à Helsinki, 35 États signent un texte censé garantir une chose simple et essentielle : la paix en Europe, par le respect des frontières, la coopération et le dialogue entre l’Est et l’Ouest.
Cinquante ans plus tard, ces principes sont frontalement remis en cause par la guerre en Ukraine et l’invasion russe de 2022. Pourtant, ce cadre est né dans un contexte tout aussi tendu, celui de la Guerre froide.
Sylvain Schirmann, pouvez-vous nous rappeler dans quel contexte a lieu la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe ? Qu’attendaient concrètement les Soviétiques, les Européens de l’Ouest et les États-Unis de cette conférence ?
Nous sommes dans une phase de détente entre Américains et Soviétiques marquée par exemple par les discussions autour du désarmement. Les Européens de l’Ouest discutent également avec ceux de l’Est à travers la politique à l’Est de la France ou l’Ostpolitik de Brandt. Nous sommes aussi dans une situation où les frontières européennes n’ont jamais encore fait l’objet d’un accord international. C’est le résultat du règlement de la Seconde Guerre mondiale. Or les Soviétiques souhaitent un accord sur les frontières, qui selon eux garantit la sécurité et la paix. Ce serait l’objet de la CSCE, une conférence entre Européens sur ce sujet. Mais Washington qui se considère également comme responsable de la sécurité en Europe s’invite également.
Quel rôle ont joué les Européens et en particulier les Neufs dans la négociation de la Conférence d’Helsinki et comment ont été perçu les résultats des accords d’Helsinki ?
La conférence démarre à Helsinki le 3 juillet 1973, puis se déplace à Genève où se font l’essentiel des négociations puis revient à Helsinki signer l’Acte final, 1er août 1975. Pour la première fois Européens de l’Ouest et de l’Est se parlent, même en présence des Grands. Et partagent des préoccupations communes : paix, coopération, respect des êtres.
Les résultats se situent à trois niveaux : reconnaissance des frontières déclarées inviolables, mais non intangible ; coopération dans de nombreux domaines ; respect des droits de l’homme et régime de circulation des personnes entre l’Est et l’Ouest.
Cette conférence relance la dissidence à l’Est et permet à l’Occident de faire, au nom des textes signés, pression sur l’URSS .
Qu’en reste-t-il aujourd’hui, alors que la Russie est toujours membre de l’OSCE, et que l’Europe cherche à nouveau à définir une architecture de sécurité sur le continent ?
Elle a permis d’accompagner la dissolution du bloc soviétique, mais n’ pas su garantir la sécurité (Yougoslavie, par ex.). Transformée en OSCE en 1994, elle s’intéresse surtout au respect des droits de l’homme, à l’observation des élections, à la coopération. Ses échecs sont patents dans le Caucase et les agressions de la Russie la rendent sous sa forme actuelle obsolètes, car ces actes prouvent que les Etats s’affranchissent des règles fixées.
Helsinki n’aura pas fait tomber les murs. Mais elle a posé un cadre et fixé des garantis vers une transition vers la démocratie. Quatre ans plus tard, en 1979, un autre pas démocratique est franchi : pour la première fois, les citoyens élisent directement leurs députés européens, sujet de notre prochaine chronique.
Un entretien réalisé par Olivier Singer.