Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.
Les résultats des élections parlementaires en Hongrie le week-end dernier étaient beaucoup attendus dans les capitales européennes et à Kyiv. Après 16 ans au pouvoir, le parti du premier ministre Orban Fidesz a perdu les élections face au parti de l’opposition de Peter Magyar Tisza qui a fait le score impressionnant de plus de 53% et a pris la majorité des sièges au Parlement hongrois.
Avant de parler de l’impact de cette victoire pour l’Ukraine, revenons un instant sur la place de l’Ukraine dans la campagne électorale des candidats. Est-ce que l’Ukraine était un vrai sujet de cette campagne ?
Pour le parti Fidesz de Viktor Orban – certainement oui. L’Ukraine était même au cœur de la campagne électorale d’Orban. Depuis des années, Orban construisait une image de l’Ukraine comme un vrai ennemi du peuple hongrois. Cette image est passée au premier plan de sa campagne électorale. La diabolisation du peuple ukrainien et de son leader le Président Zelensky a été renforcée par des experts en communication stratégique russes qui ont rejoint l’équipe de campagne d’Orban.
En commençant par un état en faillite (failed state) dépourvu de ressources financières, aux accusations du financement ukrainien de l'opposition hongroise, la rhétorique d’Orban manquait de fond et de cohérence mais répondait à ce ressenti anti-ukrainien du peuple hongrois en le renforçant en même temps. D’ailleurs, beaucoup d’observateurs en Ukraine disent que l’épisode avec la saisie des véhicules ukrainiens du transport des fonds le mois dernier en Hongrie était une des actions suggérées par ces communicants russes.
La place de l’Ukraine dans la campagne d’Orban est devenue même démesurée. Les panneaux d'affichage du pays étaient entièrement recouverts d'images mettant en scène le président Zelensky alors qu’il y avait peu d’images d’Orban. Il y a même une blague courante qui dit que Zelensky devrait sûrement figurer sur le bulletin de vote autant il était présent dans la campagne d’Orban.
En ce qui concerne le parti Tisza, Peter Magyar a essayé d’éviter le sujet de l’Ukraine autant que possible dans sa campagne électorale au vu du sentiment anti-ukrainien hongrois. Par exemple, selon le sondage réalisé à l'automne 2025 par le groupe de réflexion Policy Solutions, la moitié des Hongrois considèrent que l'Ukraine représente un danger pour la Hongrie, 64 % s'opposent à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne et 74 % estiment que le gouvernement hongrois ne devrait pas envoyer d'aide financière à Kyiv.
Visiblement cette approche de démonisation de l’Ukraine n’a pas marché pour Orban.
Tout à fait. Elle semblait même assez périlleuse dès le début et trouvait des critiques au sein du parti d’Orban. Peut-être les communicants dans l’équipe d’Orban ont vu les limites de la diabolisation de l’Ukraine et ont changé l’approche une semaine avant les élections. Tous les panneaux d'affichage sur la route menant de l'aéroport à la capitale où figuraient Zelensky et Magyar ont été soudainement changés par une photo souriante d'Orbán lui-même, accompagnée d'un message appelant à unir les forces pour empêcher la guerre sans la référence directe à l’Ukraine. Plus encore, lors de son allocution envers la nation, pour la première fois depuis longtemps Orban n’a pas mentionné l’Ukraine et cela n’a pas passé inaperçu.
Peter Magyar, il semble de ne pas avoir soutenu ouvertement l’Ukraine lors de sa campagne électorale. Que peut-on espérer de lui en tant que futur premier ministre hongrois sur le dossier Ukrainien ?
Peter Magyar a déclaré précédemment qu'il s'opposait à la fourniture d'armes ou de fonds hongrois à Kyiv et qu’il était contre l'accélération du processus d'adhésion de l'Ukraine à l'UE. Madyar a promis de soumettre cette question à un référendum, ce qui reviendrait en fait à retarder l’intégration de l’Ukraine dans l’UE vu le sentiment anti-ukrainien de la population.
Plus encore, il n’y a pas de certitude qu’il débloquera l’aide européenne à l’Ukraine. Le veto hongrois bloque l’aide macro financière de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine ainsi que le 20 train de sanctions européens contre la Russie. Par contre, il y a un espoir que la négociation sur ces sujets seraient plus fructueuse avec Magyar que précédemment avec Orban.
Et alors que Peter Magyar a annoncé le retour de son pays vers les valeurs européennes après la victoire de son parti aux élections parlementaires, le pari de l’alignement de la Hongrie sur la question de l’Ukraine au sein de l’UE est loin d’être gagné.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.