Aux portes de l'UE

Un accord de paix en Ukraine avant cet été ?

Photo de Victoria Prymak sur Unsplash Un accord de paix en Ukraine avant cet été ?
Photo de Victoria Prymak sur Unsplash

Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.

Le 4-5 février Abu-Dabi a accueilli une fois de plus les délégations de l’Ukraine, la Russie et les Etats-Unis pour les négociations sur la paix en Ukraine. Par la suite, Président Zelensky a déclaré que les Etats-Unis ont proposé de mettre fin à la guerre d’ici début l’été 2026. Qu’est ce qu’on sait de ces délais et le véritable avancement des négociations ?

Selon le communiqué officiel coté ukrainien, les trois délégations se sont retrouvées à Abu Dabi la semaine dernière pour discuter des questions qui étaient restées jusqu’ici en suspens, notamment les méthodes de mise en œuvre du cessez-le-feu et le monitoring du cessez-le feu. Alors qu’il semble y avoir du progrès sur le monitoring, la question de garanties de sécurité pour l’Ukraine n’est pas toujours claire. Pourtant, sans les garanties de sécurité solides pour l’Ukraine, il ne peut pas y avoir une paix véritable en Ukraine.

Ce qui en ressort également de ces négociations c’est qu’il n’y a toujours pas d’accord sur les questions les plus sensibles des 20 points du plan de paix, à savoir les territoires et le contrôle de la centrale de Zaporizzya. Les russes continuent d’insister sur leur contrôle sur tout le Donbass, y compris sur les territoires qu’ils ne contrôlent pas et qu’ils n’arrivent pas à occuper depuis 2014, et le contrôle sur la centrale de Zaporizzya qu’ils ont occupé et militarisé en 2022.

Ce que l’on a appris à la suite de ce tour des négociations, c’est qu’il y a un nouveau délai qui a été discuté par les américains et les ukrainiens. L’objectif serait de conclure un accord de paix en mars suivi du référendum sur les questions territoriales et les élections présidentielles en même temps en Ukraine en mai. Les Etats-Unis se précipitent pour clôturer le dossier ukrainien avant le début de l’été quand les préparations aux élections de midterms vont devenir prioritaires.

La conclusion d’un accord de paix rapide avec les élections en Ukraine en mars – cela semble très ambitieux, presque irréaliste !

Tout à fait, Laurence. La partie ukrainienne a déjà signalé que l’organisation de toute élection prendrait au moins 6 mois et exigerait un vrai cessez-le-feu qui permettrait à la population de se rendre aux urnes. En plus, les changements législatifs vont être nécessaires afin de permettre les élections lors de la loi martiale en vigueur en Ukraine. Le coût des élections serait aussi très élevé : plusieurs Ukrainiens ont quitté l’Ukraine et se sont installés à l’étranger, plusieurs se trouvent dans les tranchées, il y a ceux qui sont restés sur les territoires occupées. Qui assurera la sécurité et la transparence lors de ces élections, comment, et à quel prix ? Cela reste très flou.

Les Etats-Unis ne sont pas capables d’assurer un arrêt de frappes russes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes alors que l’Ukraine vit une crise énergétique sans précédent, cela fait plus d’un an que Trump ne parvient pas à contraindre Poutine à un accord, alors un accord de paix d’ici mars sans les garanties de sécurité fiables pour l’Ukraine, sans la pression suffisante sur la Russie pour qu’elle arrête cette guerre parait impossible et reste du wishful thinking.

Qu’est-ce que les États-Unis proposent alors pour rapprocher cet objectif, certes peu réaliste, d’un accord de paix d’ici mars ?

Alors, les Etats-Unis continuent de rester le médiateur dans ces négociations. Le Président Zelenskyi a annoncé que les Etats-Unis avaient invité les deux délégations, russe et ukrainienne, à Miami la semaine prochaine pour un nouveau tour de négociations. L’Ukraine a accepté. Si les négociations ont lieu, cela sera pour la première fois depuis le début de l’invasion que les délégations ukrainienne et russe tiendront les discussions aux Etats-Unis. Certains experts jugent qu’un tel développement est un premier pas vers une potentielle rencontre entre les chefs d’états – le Président Zelenskyi et le Président Poutine.

Pour l’instant, par contre, la population ukrainienne continue de vivre une crise énergétique et humanitaire sans précédent alors que les russes continuent de frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes à peine réparées dans le contexte des températures glaciales allant jusqu’à moins 20.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.