L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.
Ce 29 janvier l’Union européenne a décidé de classer les gardiens de la révolution iraniens comme organisation terroriste. Qu’est-ce que ça implique exactement ?
C’est une décision forte, et surtout très politique. L’Union européenne estime que les gardiens de la révolution ne sont plus seulement une force militaire, mais un acteur central de la répression en Iran. Ce sont eux qui ont mené, organisé et coordonné la violence contre les manifestants pacifiques. On parle de milliers de morts, pour la première fois, par le guide suprême lui-même.
Cette désignation change-t-elle réellement quelque chose sur le terrain ?
L’Europe n’est pas dans une logique d’affrontement armé. Elle utilise donc son principal levier : l’économie. Classer les gardiens de la révolution comme organisation terroriste, c’est geler leurs avoirs, bloquer leurs investissements, interdire toute relation financière ou commerciale avec eux. Or, les gardiens de la révolution sont un véritable empire économique. Ils contrôlent des pans entiers de l’économie iranienne : énergie, construction, ports, télécoms. Les toucher, c’est viser le cœur du système.
L’Iran a immédiatement répliqué en désignant les armées européennes comme terroristes.
Exactement, mais cette réponse est surtout symbolique. Il n’y a quasiment plus d’intérêts économiques européens en Iran. Les échanges ont été réduits à presque rien. Cette décision sert avant tout à la communication interne du régime. Les viser, c’est aux yeux de Téhéran, remettre en cause la souveraineté iranienne. Sauf que les gardiens de la révolution ne sont pas une armée classique. Ce sont une force idéologique, politique et économique, un État dans l’État.
On parle aussi d’une escalade diplomatique.
Oui. L’Iran a convoqué les ambassadeurs européens et menace d’expulser les attachés militaires. C’est une manière de durcir le rapport de force, mais aussi de montrer à ses alliés, comme la Russie et la Chine, qu’il ne cède pas à la pression occidentale. Le régime cherche à se poser en victime d’un complot occidental, pour mobiliser une opinion publique anti-américaine et anti-israélienne.
L’Europe prend-elle un risque en allant aussi loin ?
Absolument, même si le coût est limité. Économiquement, l’Europe a très peu à perdre. Les échanges avec l’Iran représentent aujourd’hui une part infime du commerce européen. En revanche, le coût est énorme pour l’Iran, déjà asphyxié par les sanctions américaines, l’inflation, la chute de la monnaie et une crise sociale profonde.
Est-ce que cette stratégie européenne peut faire évoluer la situation ?
C’est toute la question. L’Europe espère affaiblir les structures du pouvoir sans punir directement la population. Mais le régime utilise les sanctions comme un outil politique interne, pour justifier la répression et étouffer toute contestation.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.