L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.
Cette semaine se tenait la réunion annuelle du G7. Tout d’abord, qui était autour de la table ?
Le G7 réunit sept grandes puissances industrielles : les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie et le Japon.
Et il faut ajouter l’Union européenne, qui n’est pas comptée dans le chiffre “7”, parce qu’elle n’est pas un État. Mais elle participe aux sommets depuis 1977. Elle est représentée par la présidence de la Commission européenne et celle du Conseil européen. Et cette année, à Évian, l’Europe n’était pas seulement assise autour de la table. Elle essayait surtout de peser.
Le sommet a été ouvert par la question iranienne. Pourquoi ce sujet a-t-il autant dominé les discussions ?
Parce que juste avant le G7, Donald Trump a annoncé un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran.
Cet accord doit, en principe, ouvrir une période de négociations plus longue. Il porte essentiellement sur la levée éventuelle de sanctions et surtout la réouverture du détroit d’Ormuz. Or ce détroit est stratégique, 1/5 du pétrole mondial y transite. Donc, quand il est bloqué ou menacé, les prix de l’énergie montent. Et cela touche directement les économies européennes.
L’Europe peut-elle jouer un rôle dans cet accord ?
Elle veut en jouer un, mais sa marge de manœuvre reste limitée. Les Européens peuvent d’abord apporter une garantie diplomatique. Ils connaissent le dossier iranien depuis longtemps, notamment depuis l’accord nucléaire de 2015.
Ils peuvent aussi contribuer à sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz. Emmanuel Macron a d’ailleurs dit que les Européens prendraient leur part pour défendre la liberté de circulation maritime. Mais le problème, c’est que l’accord a surtout été négocié par Washington. Et beaucoup de zones d’ombre restent ouvertes, en premier lieu la question du nucléaire iranien.
Selon John Bolton, l’ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Trump voulait surtout faire baisser le prix de l’essence avant ses élections de mi-mandat. Donc pour l’Europe, l’enjeu est clair : soutenir la désescalade, oui. Mais éviter qu’un accord trop rapide ne laisse de côté la sécurité régionale et la question nucléaire.
L’autre dossier central, c’était évidemment l’Ukraine. Qu’est-ce que les Européens ont obtenu de Donald Trump ?
Ils ont obtenu quelque chose d’important : une déclaration commune du G7 en soutien à l’Ukraine. Ce n’était pas gagné d’avance, parce que Donald Trump est imprévisible par nature. Mais à Évian, les dirigeants du G7 ont acté qu’il n’y avait pas, aujourd’hui, de volonté sérieuse de la Russie de négocier.
Ils se sont donc engagés à accroître la pression sur Moscou, y compris par de nouvelles sanctions, notamment dans les secteurs du pétrole et du gaz. Et surtout, ils ont promis davantage de soutien militaire à Kiev : défense antiaérienne, intercepteurs, systèmes supplémentaires, et capacités de longue portée.
Donc c’est une victoire diplomatique pour les Européens ?
Oui, en partie.
Pour Emmanuel Macron, c’est même une “remobilisation” du G7. Et le mot est important. Depuis plusieurs mois, les Européens craignaient un décrochage américain. Cette fois, Trump a accepté de rester jusqu’à la fin du sommet, contrairement à l’année dernière. Il a signé un texte commun. Il a aussi parlé pendant une heure avec Volodymyr Zelensky.
Cela donne aux Européens un peu d’espoir. Mais il faut rester prudent. Avec Donald Trump, une déclaration ne vaut pas toujours garantie durable. Les prochaines semaines diront si les sanctions américaines contre le pétrole russe sont vraiment rétablies, et si les livraisons promises arrivent sur le terrain.
Et puis il y a eu une troisième bataille, tout aussi stratégique : le numérique.
Exactement. Et là, le ton entre Washington et Paris était beaucoup moins cordial. Juste avant de venir à Évian, Donald Trump a menacé la France de droits de douane de 100 % sur le champagne et le vin, si Paris taxait les entreprises américaines du numérique.
Nous avons d’un côté un sommet sur la coopération entre alliés, de l’autre, une menace commerciale contre les produits français les plus symboliques.
Derrière cette menace, il y a quoi ?
Il y a une véritable bataille de puissance. Les États-Unis considèrent de plus en plus l’intelligence artificielle comme un outil de sécurité nationale. On l’a vu avec la décision américaine de restreindre l’accès de ressortissants étrangers à certains modèles d’IA très avancés.
Pour l’Europe, cela confirme une dépendance inquiétante. Une grande partie de ses infrastructures numériques vient d’acteurs non européens. Les géants américains dominent largement. La question n’est plus seulement économique, elle devient politique : qui contrôle les données ? Qui contrôle les outils d’IA ? Qui contrôle les administrations publiques ?
L’Union européenne essaie de répondre ?
Oui. La Commission a présenté un “paquet souveraineté” pour favoriser les technologies européennes. L’idée est de réserver certains marchés publics à des fournisseurs européens. La France pousse fortement cette logique. Et elle vient de donner un exemple concret : les services de renseignement français doivent sortir du contrat avec l’entreprise américaine Palantir, pour se tourner vers une solution française, Chapsvision. L’Europe commence à construire ses propres alternatives.
Le fil rouge de ce G7, c’est la souveraineté européenne. Pas une souveraineté de repli. Mais une souveraineté de capacité : être capable de négocier, de protéger, de produire, et de ne pas dépendre entièrement des choix de Washington.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.