L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.
Ce mardi, la Commission européenne a ouvert une enquête contre Shein. Pourquoi maintenant ?
Parce que la pression montait depuis des semaines à cause des produits illégaux repérés sur la plateforme. On parle de poupées sexuelles à l’apparence enfantine, notamment, mais aussi des armes à feu. Concrètement la Commission reproche à Shein trois choses principales. D’abord, la vente de produits illégaux. Ensuite, une plateforme jugée addictif. Et enfin, un manque de transparence sur ses algorithmes de recommandation de produits aux utilisateurs.
Produits illégaux ça veut dire quoi exactement ?
Ça veut dire que des articles interdits dans l’Union européenne se retrouvaient en vente libre en ligne. Or, la commissaire chargée du numérique l’a rappelé : ce qui est interdit dans un magasin physique l’est aussi sur Internet.
Et là, c’est le DSA qui entre en jeu.
Exactement. Le Digital Services Act est la nouvelle loi européenne du numérique. Elle vise à protéger les utilisateurs, impose plus de transparence et limite les abus. Elle force les plateformes à évaluer leurs risques : désinformation, produits dangereux, impact sur les mineurs. Le DSA oblige les grandes plateformes à détecter et retirer rapidement contenus et produits illégaux. Shein fait partie de ces géants. Elle est donc soumise à des contrôles renforcés. La Commission veut vérifier si Shein a vraiment les outils nécessaires pour empêcher ce genre de dérives.
Tu parlais aussi d’un design addictif.
Oui. Points de fidélité. Récompenses. Notifications permanentes. Tout est pensé pour pousser à acheter encore et encore. Le DSA demande justement de limiter ce type de mécanismes, surtout quand ils affectent le bien‑être des utilisateurs. Les plateformes doivent également expliquer comment fonctionnent leurs algorithmes et proposer une alternative sans profilage.
Qu’est‑ce que risque Shein ?
La Commission soupçonne Shein de ne pas jouer le jeu. Le géant chinois risque jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires annuel. Ça peut représenter des centaines de millions d’euros.
Ce n’est pas la première fois que le DSA est utilisé.
Non. L’Union européenne a déjà ouvert des procédures contre Meta, TikTok, Amazon et Google. Toujours pour les mêmes raisons : protection des utilisateurs, transparence des algorithmes, lutte contre les contenus illégaux. Pour Shein, comme d’autres géants, le marché européen devient plus que jamais un marché de surveillance.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.