Chaque semaine, Quentin Dickinson revient sur des thèmes de l'actualité européenne sur euradio.
Depuis le Forum économique de DAVOS, on lit et on entend partout que Donald TRUMP a reculé, que l’Europe est sauvée, bref, que tout va bien comme avant…
Oui, sauf qu’on aurait tort de se féliciter trop bruyamment de l’accord – aux contours et au contenu parfaitement flous – intervenu à DAVOS entre Donald TRUMP et le Secrétaire général de l’OTAN, Mark RUTTE.
C’est que cet accord ne vise qu’à réintégrer la controverse groënlandaise de ces dernières semaines dans le giron de la sécurité des États-Unis dans l’Arctique. Or, un droit d’accès des forces américaines au Groënland est garanti depuis la convention passée en 1951 avec le Danemark, convention toujours en vigueur. On notera d’ailleurs que les États-Unis ont disposé d’une dizaine d'installations militaires dans l’île, mais que, depuis la fin de la Guerre froide il y a trente-cinq ans, ils n’en occupent plus qu’une seule.
En clair : il n’y avait pas de sujet.
Il faut donc chercher dans l’agressive insistance de Donald TRUMP à mettre la main sur le Groënland une autre explication.
Et, selon vous, quelle serait cette explication ?...
Les commentateurs étatsuniens continuent à soutenir que toute initiative de la Maison-Blanche, propre à sidérer et à noyer l’espace médiatique, sert essentiellement à faire oublier les liens étroits entre Donald TRUMP et feu le milliardaire pédophile Jeffrey EPSTEIN. C’est sûrement vrai ; mais il y a toutefois un dessein bien plus considérable.
Et que pensez-vous avoir décelé ?...
Vous vous souviendrez qu’au début de son second mandat, il y a un an, Donald TRUMP entendait annexer le Canada, qui deviendrait ainsi le cinquante-et-unième état des États-Unis. Brûlant les étapes, M. TRUMP ne parlait plus du Premier ministre canadien, mais du Gouverneur du Canada. Or – déception – avec l’actuel chef du gouvernement fédéral canadien, Mark CARNEY, il a trouvé à qui parler.
Et le voilà lancé dans l’aventure groënlandaise, lot de consolation après son échec canadien.
Car l’objectif véritable, c’est d’inscrire son nom dans l’Histoire comme étant le Président qui aura agrandi la superficie des États-Unis. Et cette obsession ne le quitte pas, d’autant qu’il sait qu’il ne lui reste qu’à peine huit mois avant les élections législatives à mi-mandat, et que le Congrès qui en sortira pourrait lui être moins automatiquement favorable.
Échec au Canada, échec au moins pour le moment au Groënland – quel territoire voudra-t-il donc annexer maintenant ?...
Le prétexte sécuritaire peut encore servir dans le Grand-Nord. Alors, faisons comme l’homme qui adore les cartes – ainsi que TRUMP se décrit lui-même – et examinons une carte dont le centre est au Pôle Nord.
En partant du Groënland, et dans le sens des aiguilles d’une montre, la terre ferme la plus proche du Pôle, ce sont d’abord les Îles de la Reine-Élisabeth, qui appartiennent au Canada, et, bien plus loin, l’Alaska étatsunien. Ensuite viennent des îles qui font partie de la Russie : la Nouvelle-Sibérie, la Zemble septentrionale, et la Terre de François-Joseph. Enfin, l’Archipel du Spitsberg, qui dépend de la Norvège.
La prochaine cible de Donald TRUMP pourrait donc bien être le Spitsberg, ainsi que, un peu plus au sud, l’Île Jan Mayen, aussi norvégienne, et puis, bien sûr, l’Islande.
On notera que ces territoires font tous partie d’un État-membre de l’OTAN. Évidemment, ces confettis arctiques sont très loin de rivaliser par la taille avec le Groënland ; mais ce serait déjà cela de pris.
Mais peut-on penser que l’appétit de conquête territoriale de Donald TRUMP s’arrêterait là ?...
Pour autant que quelqu’un lui mette sous le nez une carte du Pôle Sud, non, car les mêmes arguments sécuritaires peuvent s’appliquer là aussi.
Là, c’est plus simple : les Malouines, les Shetlands et les Orcades du Sud, et l’Île de l’Éléphant sont toutes des possessions de la Couronne britannique, tout comme, un peu plus loin, la Géorgie méridionale et les Îles Sandwich du Sud. Quant à l’Île Scott, inhabitée, elle est revendiquée par la Nouvelle-Zélande.
Et tout cela se situe dans le prolongement de l’Amérique du Sud, qui, dans la mythologie trumpienne, est un sous-continent, vassal des États-Unis.
Et la question habituelle : conclusion ?...
Conclusion : à l’ère des communications ultrarapides et de la surveillance satellitaire, du commerce mondial et des missiles intercontinentaux, la taille géographique d’un État n’a plus aucune importance.
Conclusion de la conclusion : le monde auquel Donald TRUMP veut nous ramener est mort en 1914. Mais cela ne l’empêchera pas de tenter de le ressusciter.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.