Aux portes de l'UE

Le plan de Merz pour accélérer l’intégration de l’Ukraine dans l’UE

© Site de la présidence ukrainienne Le plan de Merz pour accélérer l’intégration de l’Ukraine dans l’UE
© Site de la présidence ukrainienne

Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.

Dans sa lettre à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa, le chancelier allemand Friedrich Merz a fait une proposition osée pour accélérer le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Depuis son apparition dans le champ médiatique il y a dix jours, la lettre a provoqué beaucoup de réactions à Bruxelles, à Berlin mais aussi à Kyiv. En quoi consiste ce plan de Merz sur l’Ukraine exposé dans la lettre aux autorités européennes ?

La proposition de Merz réside en une possibilité que l’Ukraine devienne « un membre associé » de l'Union européenne avant d’obtenir le statut d’un état membre de l’UE de plein droit. Ce statut du membre associé permettrait à l’Ukraine, entre autres, d’avoir sa représentation auprès des instances européennes majeures telles que par exemple le Conseil européen, la Commission européenne et le Parlement européen mais sans le droit de vote ni portefeuille spécifique. Un autre élément important est que l’Ukraine pourrait dans ce cas solliciter l'aide des États membres en cas de nouvelle attaque russe. Cette procédure s'inscrirait dans le cadre de l'article 42, paragraphe 7, des traités de l'UE, que Bruxelles s'efforce actuellement de préciser afin d’en faire une « garantie de sécurité substantielle » pour tous ses membres. La proposition de Merz contient également un mécanisme de retour en arrière sur le statut du membre associé de l’Ukraine si Kyiv faisait marche arrière sur des droits fondamentaux, l'État de droit ou de réformes structurelles.

L’idée derrière ce plan du chancelier allemand est de trouver une solution pratique et réaliste face à l’appel du Président Zelensky pour une adhésion accélérée de l’Ukraine à l’UE, alors que cette adhésion représente une garantie de sécurité fondamentale pour l’Ukraine qui combat toujours sur le front et dans le domaine des réformes. Une solution innovante pour que l’Ukraine ait un statut spécial au sein de l’UE dès aujourd’hui enverrait également un signal politique fort au Kremlin et faciliterait les négociations de paix toujours en cours.

Et quelles étaient les réactions à Kyiv à cette proposition ?

Alors, cette proposition n’a pas été bien reçue par la présidence ukrainienne. Dans sa lettre aux dirigeants de l'Union européenne, il a déclaré qu’accorder le statut de membre « associé » de l'UE à l’Ukraine était « injuste », car cela priverait Kyiv de son droit de vote au sein de l'Union européenne. Une telle critique réside dans la peur des dirigeants ukrainiens que le pays se retrouverait dans un processus d’adhésion à l’UE sans fin et que ce statut le priverait d’une adhésion à l’UE de plein droit. Cette peur n’est pas infondée car par le passé, Emmanuel Macron a déjà avancé une idée de la création d’une Communauté politique européenne – une idée jugée comme une tentative de proposer une alternative à l’adhésion à l’UE pour tous les pays candidats.

Lors du sommet informel des dirigeants de l'UE à Chypre le mois dernier, le président ukrainien Volodymyr a rejeté toute proposition d'adhésion « symbolique » de l’Ukraine en disant que le peuple ukrainien qui défend l’Europe et les valeurs démocratiques ne meurt pas symboliquement sur le front, mais fait sa contribution bien réelle pour la sécurité et la paix en Europe.

L’ambassadeur d’Allemagne en Ukraine a pris la parole la semaine dernière auprès du média ukrainien indépendant Yevropeiska Pravda pour expliquer le fond de la pensée. Selon lui, la proposition du chancelier ne remet en aucun cas en cause l’adhésion complète de l’Ukraine à l’UE, mais propose une solution unique et très avantageuse pour l’Ukraine jusqu'au jour de son adhésion, alors que l’adhésion rapide voulue par l’Ukraine n’est pas réaliste.

Et au niveau européen, comment cette proposition de Merz a été reçue ?

Les commentaires étaient peu nombreux. Marta Kos, la commissaire européenne chargé de l’élargissement, et Kaja Kallas, la Vice-Présidente de la Commission européenne, ont salué l’initiative du chancelier allemand et l’ont trouvé bénéfique pour la discussion sur l’avenir de l’élargissement européen.

En juin, cette discussion se tiendra au plus haut niveau lors du sommet des leaders des pays membres à Bruxelles. Le plan de Merz fait une contribution importante et redynamise la réflexion des européens sur l’avenir de l’Europe, sa sécurité et prospérité. L’UE pourrait rentrer dans une nouvelle ère d’élargissements qui demande des solutions innovantes et osées de la part de l’UE et le travail de transformation constant du côté des pays candidats.