L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.
Ce mardi, le Parlement européen a approuvé un mécanisme de protection agricole lié à l’accord UE-Mercosur. De quoi parle-t-on exactement ?
On parle d’un filet de sécurité, d’un garde-fou. Très concret. Si des produits sud-américains arrivent massivement en Europe à bas prix, la Commission pourra réagir vite. Elle pourra remonter les droits de douane. Objectif : éviter que les agriculteurs européens soient écrasés par une concurrence jugée déloyale.
C’est inédit ?
Absolument. C’est la clause de sauvegarde la plus précise jamais incluse dans un accord commercial européen. Elle s’applique à des produits sensibles : le bœuf, la volaille, le sucre, le riz, le miel, les œufs ou encore les agrumes.
Concrètement, quand est-ce que ce mécanisme peut être déclenché ?
Dès qu’il y a deux signaux rouges. Une baisse d’au moins 5 % des prix en Europe. Et en même temps, une hausse de 5 % des importations. À ce moment-là, Bruxelles ouvre une enquête. Et en cas d’urgence, des mesures provisoires peuvent tomber en trois semaines.
Pourquoi ce vote maintenant ?
Parce que l’accord UE-Mercosur est explosif politiquement. Il est signé, mais pas ratifié. Les agriculteurs manifestent. Plusieurs États hésitent. Alors ce mécanisme sert à rassurer. C’est un message : l’Europe ouvre ses marchés, oui, mais pas sans protections.
Et pourtant, cet accord divise toujours autant.
Complètement. Pour ses partisans, il est vital. Il doit permettre à l’Europe d’exporter plus de voitures, de vins, de spiritueux. Et surtout, de trouver de nouveaux débouchés hors États-Unis et Chine. C’est aussi une question géopolitique. On est dans un moment de tensions mondiales. Washington devient imprévisible. Pékin avance vite en Amérique latine. L’accord Mercosur est vu comme un outil stratégique. Diversifier nos partenaires. Sécuriser nos chaînes d’approvisionnement. Et renforcer notre présence dans une région-clé.
Et juridiquement, où en est-on ?
Le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’Union européenne. Les juges vont dire si l’accord respecte les traités. Leur avis sera décisif. S’ils valident le texte, le Parlement devra revoter. Et rien ne garantit une majorité.
Mais il y a une autre option, plus politique.
Oui. L’application provisoire du volet commercial. Sans attendre la Cour. Sans attendre le Parlement. Certains dirigeants y sont favorables, notamment en Allemagne. Aujourd’hui, on est donc dans un entre-deux. L’accord est signé, mais pas ratifié. Défendu au nom de l’industrie et de la stratégie. Combattu au nom de l’agriculture, de l’environnement et du respect démocratique.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.