L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.
Ani, ce mardi 24 mars, l’Union européenne a signé un accord de libre-échange avec l’Australie. Après le Mercosur, et alors que des négociations avancent aussi avec l’Inde… qu’est-ce que ça dit de la stratégie européenne ?
Oui, ce mardi 24 mars, l’Union européenne et l’Australie ont signé un accord majeur. Et ce n’est pas un hasard. Cet accord arrive juste après ceux avec l’Inde et le Mercosur. On voit clairement une stratégie européenne. On veut multiplier les partenariats commerciaux pour peser davantage sur la scène internationale.
Pourquoi cette accélération maintenant ?
Parce que le contexte international a changé. On est dans un monde plus instable, avec de fortes tensions géopolitiques. Dans ce contexte de rivalité entre les États-Unis et la Chine, le conflit au Moyen-Orient et l’incertitude des relations transatlantiques, l’Europe cherche à sécuriser ses alliances. Elle veut éviter de dépendre trop fortement d’un seul partenaire, notamment de la Chine. Donc elle diversifie. Elle construit un réseau d’alliances économiques avec des pays qu’elle considère comme fiables.
Et l’Australie, justement, pourquoi est-ce un partenaire clé pour l’Europe ?
Parce que l’Australie est stratégique à plusieurs niveaux. D’abord, c’est une démocratie stable, avec une vision du monde assez proche de celle de l’Union européenne. Et ça compte beaucoup aujourd’hui. Ensuite, c’est un acteur important dans la région Indopacifique, au cœur des rivalités mondiales actuelles. Donc en se rapprochant de l’Australie, l’Europe s’ancre davantage dans cette zone. Et puis avec ces accords les Vingt-sept influencent les règles du jeu et d’existent sur la scène internationale. C’est ce qu’on appelle une “puissance normative” : l’Europe diffuse ses standards, ses règles, ses valeurs à travers ses accords commerciaux.
Quels sont les principaux points de cet accord ?
Tout d’abord sur la viande, l’Europe ouvre davantage son marché : plus de bœuf australien autorisé, mais avec des quotas et une mise en place progressive pour limiter l’impact. Sur les voitures, c’est plutôt favorable à l’Europe : l’Australie supprime des taxes, surtout sur les véhicules électriques. Donc les constructeurs européens deviennent plus compétitifs. Et sur les appellations, les AOP, l’Europe a dû faire des compromis. Certains noms comme “feta” ou “gruyère” pourront encore être utilisés en Australie.
Il n’y a pas que le commerce dans cet accord, on parle aussi de sécurité…
Tout à fait. L’accord ne se limite pas aux échanges économiques. Il prévoit aussi un renforcement de la coopération en matière de défense. L’Europe et l’Australie veulent travailler ensemble sur la sécurité maritime, la cybersécurité, ou encore la lutte contre les ingérences étrangères. Donc on est vraiment sur un partenariat stratégique, commerce et sécurité étant de plus en plus liés.
Il y a aussi la question des matières premières, qui revient souvent…
Oui, et c’est un point central. L’Australie possède des ressources très importantes, comme le lithium, l’aluminium ou le manganèse. Ce sont des matériaux essentiels pour la transition énergétique : batteries, voitures électriques, panneaux solaires… Aujourd’hui, l’Europe dépend énormément de la Chine pour ces ressources. Donc cet accord permet de sécuriser un accès à d’autres fournisseurs.
Mais l’accord ne fait pas l’unanimité en Europe…
Non, loin de là. Il y a des inquiétudes, notamment du côté des agriculteurs européens. Certains dénoncent une concurrence jugée déloyale, notamment sur la viande. L’accord devra encore être validé par les États membres de l’Union, ce qui pourrait relancer les débats, sur ces enjeux agricoles.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.