L'Europe et le monde

Hubs migratoires : efficacité ou recul des droits ?

Hubs migratoires : efficacité ou recul des droits ?

L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.

Le Parlement européen a voté ce 26 mars la création de “hubs de retour”. De quoi parle-t-on exactement ?

Ce sont des centres situés en dehors de l’Union européenne, dans des pays tiers. Leur objectif est d’accueillir des migrants dont la demande d’asile a été rejetée et qui font l’objet d’une obligation de quitter le territoire européen. Ces personnes seraient transférées dans ces hubs avant d’être renvoyées vers leur pays d’origine. C’est donc une forme d’externalisation de la gestion migratoire européenne, où l’Union délègue une partie du processus à des partenaires étrangers. 

Pourquoi l’Union européenne décide-t-elle aujourd’hui de créer ces centres ?



 La raison principale, c’est l’inefficacité du système actuel. Aujourd’hui, environ 20 % seulement des décisions d’expulsion sont réellement appliquées. Pour beaucoup d’États membres, cela affaiblit la crédibilité de la politique migratoire européenne. Il y a aussi une pression politique très forte, notamment de la droite et de l’extrême droite, pour durcir les règles. Ça s’inscrit dans une logique plus large de fermeté migratoire.

Comment vont fonctionner concrètement ces hubs ?

Ils fonctionneraient comme des zones de transit sécurisées. Les migrants déboutés y seraient envoyés, le temps d’organiser leur retour. Le texte prévoit aussi un durcissement des règles : les délais de rétention peuvent être allongés, jusqu’à 24 mois dans certains cas, les documents d’identité peuvent être confisqués, et les interdictions d’entrée sur le territoire européen peuvent être prolongées. 

Où ces centres pourraient-ils être installés ?

Dans des pays tiers, donc en dehors de l’Union européenne. Plusieurs pistes existent déjà. L’Italie a testé un modèle en Albanie. Le Royaume-Uni avait tenté un accord avec le Rwanda, mais il a été bloqué juridiquement. En échange, l’Union européenne devra probablement proposer des contreparties financières. 

Tous les pays européens sont-ils d’accord sur ce projet ?

Non, il y a des divisions importantes. L’Italie, l’Allemagne ou encore les Pays-Bas soutiennent fortement ce dispositif. En revanche, la France et l’Espagne sont plus sceptiques.

Justement, il y a aussi des critiques très fortes ?

Oui. Les ONG dénoncent un recul majeur des droits humains. Elles s’inquiètent notamment des conditions de détention dans ces centres, et du fait que des personnes vulnérables, y compris des enfants, pourraient être concernées. Elles accusent aussi l’Europe de se décharger de ses responsabilités sur des pays tiers, ce qui pose des questions éthiques et juridiques.

Cela peut donc affecter l’image internationale de l’Union européenne ?

Absolument. L’Union européenne se présente comme un acteur attaché aux droits humains. Avec ces hubs, elle risque d’être perçue comme plus restrictive, voire contradictoire avec ses valeurs.

Où en est-on aujourd’hui dans le processus d’adoption ?

Le Parlement européen a validé le texte, mais il doit encore être négocié avec la Commission et le Conseil. Un vote final sera nécessaire pour adopter le règlement, qui s’appliquera alors directement dans tous les États membres.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.