Chine - Europe : entre tensions et perspectives

UE-Chine : un automne décisif

Le 29 juin 2026, le commissaire européen chargé du Commerce, de la Sécurité économique, des Relations interinstitutionnelles et de la Transparence (à droite), a reçu le ministre chinois du Commerce (à gauche). © Union Européenne, 2026 UE-Chine : un automne décisif
Le 29 juin 2026, le commissaire européen chargé du Commerce, de la Sécurité économique, des Relations interinstitutionnelles et de la Transparence (à droite), a reçu le ministre chinois du Commerce (à gauche). © Union Européenne, 2026

Elisa Camia, consultante junior en affaires publiques, est spécialisée dans les relations entre l’UE et la Chine, notamment aux niveaux économique et géopolitique. Elle revient chaque mois sur Euradio sur les relations euro-chinoises.

Below you will find the English version of this article.

Bonjour Elisa, cet été, les relations économiques entre l’Union européenne et la Chine se sont encore tendues. Peux-tu nous en dire plus ?

Le principal sujet de tension, c’est le déficit commercial européen avec la Chine. Il a atteint 360,6 milliards d’euros en 2025, et il a encore augmenté de 9 % au premier semestre 2026. Bruxelles s’inquiète surtout de voir arriver toujours plus de produits chinois en Europe, notamment des textiles, des plastiques, des batteries ou encore des voitures électriques. Et le phénomène s’est encore accéléré cet été : en août, les exportations chinoises ont augmenté de 25 % sur un an.

Face à ce déséquilibre, est-ce que l’Europe et la Chine ont encore intérêt à dialoguer ?

C’est ce qu’elles essaient de faire. Le 29 juin, l’UE et la Chine ont lancé un nouveau dialogue commercial pour tenter de réduire leurs déséquilibres. Mais Bruxelles veut rapidement des résultats : octobre est désormais l’échéance fixée. Le commissaire européen au Commerce doit notamment obtenir des avancées sur le déficit commercial et l’accès au marché chinois. Une visioconférence avec son homologue chinois est prévue à la mi-septembre, avant sa visite à Pékin en octobre.

Mais peut-on vraiment parler d’une reprise du dialogue alors que Pékin et Bruxelles continuent de s’affronter ?

Pas vraiment, avant de reprendre le dialogue, les relations s’étaient tendues. En juin, Pékin avait notamment annulé plusieurs réunions avec l’UE, sur fond de désaccord concernant les mesures européennes contre les entreprises et les importations chinoises. Le dialogue continue, mais dans un contexte de plus en plus marqué par le rapport de force.

Et est-ce que cette confrontation concerne encore seulement les produits chinois qui arrivent en Europe ?

Non, les tensions concernent aussi désormais les investissements chinois en Europe. Bruxelles enquête notamment sur le projet de rachat de Ceconomy, qui possède MediaMarkt et Saturn, par le chinois JD.com. En août, Pékin a demandé aux entreprises chinoises de ne pas coopérer avec cette enquête. On voit donc que le conflit ne porte plus seulement sur les importations, mais aussi sur la présence des entreprises chinoises en Europe.

Mais y a-t-il un dossier qui pourrait vraiment faire basculer la relation dans les prochaines semaines ?

Oui : celui des terres rares. La Chine domine largement ce marché : elle représente environ 66 % de l’extraction mondiale et 88 % du raffinage. Or ces matières sont indispensables à l’automobile, à l’électronique, aux énergies renouvelables ou encore à la défense. Les restrictions chinoises ont donc montré à quel point l’industrie européenne reste dépendante de la Chine. Pour anticiper une nouvelle rupture d’approvisionnement, Bruxelles prépare désormais une task force dédiée.

Alors, l’Europe peut-elle simplement se passer de la Chine ?

C’est précisément là que ça se complique. L’UE cherche à diversifier ses approvisionnements et à développer ses propres capacités, mais cela prend du temps et coûte cher. Sur les 60 projets européens consacrés aux matières premières critiques, 23 rencontrent déjà des difficultés de financement. L’Europe veut donc réduire sa dépendance à la Chine, mais elle n’a pas encore les moyens de le faire rapidement.

Et cette volonté de réduire la dépendance chinoise est-elle en train de changer la politique économique européenne ?

Oui. Bruxelles renforce ses outils de sécurité économique, avec davantage de contrôle des investissements étrangers, de défense commerciale et de mesures favorisant les entreprises européennes. L’objectif n’est pas de découpler l’Europe de la Chine, mais plutôt de réduire les dépendances jugées trop risquées.

Et pendant que l’Europe cherche à réduire sa dépendance, que fait la Chine ?

Pékin cherche lui aussi à diversifier ses partenariats. Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, fin août-début septembre, en est une illustration. Il serait toutefois excessif d’y voir un bloc anti-occidental : la Chine cherche surtout à multiplier ses partenaires et à réduire sa dépendance aux marchés occidentaux. La hausse de ses exportations vers les marchés émergents y contribue.

Alors, que peut-on attendre de l’automne : un apaisement ou un nouveau durcissement ?

C’est le grand point d’interrogation des prochaines semaines. Bruxelles attend des résultats sur le déficit commercial et l’accès au marché chinois, tandis que les terres rares pourraient à nouveau devenir un sujet de crise. La visite du commissaire au commerce à Pékin en octobre sera donc un test important. En cas d’échec, l’Europe devrait surtout accélérer son « de-risking », avec davantage de défense commerciale, de contrôle des investissements et de soutien aux industries stratégiques.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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English version :

Junior consultant in public affairs, Elisa Camia specializes in EU-China relations, particularly in the economic and geopolitical sectors. She provides a monthly update on Euradio about EU-China relations.

Hello Elisa, this summer, economic relations between the European Union and China have become even more strained. Can you tell us more?

The main source of tension is the EU’s trade deficit with China. It reached €360.6 billion in 2025, and increased by a further 9% in the first half of 2026. Brussels is particularly concerned about the growing influx of Chinese products into Europe, including textiles, plastics, batteries and electric vehicles. And the trend accelerated further this summer: in August, Chinese exports increased by 25% year-on-year.

Given this imbalance, do Europe and China still have an interest in keeping the dialogue going?

That is certainly what they are trying to do. On June 29, the EU and China launched a new trade dialogue aimed at addressing their trade imbalances. But Brussels wants results quickly: October is now the deadline. European Trade Commissioner Maroš Šefčovič is expected to seek progress, in particular on the trade deficit and access to the Chinese market. A videoconference with his Chinese counterpart is scheduled for mid-September, ahead of his visit to Beijing in October.

But can we really talk about a resumption of dialogue when Beijing and Brussels continue to clash?

Not really. Before the dialogue resumed, relations had already become strained. In June, Beijing notably cancelled several meetings with the EU, amid disagreements over European measures targeting Chinese companies and imports. The dialogue is continuing, but in an increasingly confrontational environment, shaped by a growing power struggle.

And is this confrontation still just about Chinese products entering Europe?

No. The tensions now also extend to Chinese investment in Europe. Brussels is investigating, in particular, the proposed takeover of Ceconomy, which owns MediaMarkt and Saturn, by Chinese company JD.com. In August, Beijing asked Chinese companies not to cooperate with the investigation. So the dispute is no longer just about imports, but also about the presence of Chinese companies in Europe.

But is there one issue that could really tip the relationship one way or the other in the coming weeks?

Yes: rare earths. China has a dominant position in this market, accounting for around 66% of global extraction and 88% of refining. These materials are essential for the automotive industry, electronics, renewable energy and defence. China’s restrictions have therefore highlighted just how dependent European industry remains on China. To prepare for another potential supply disruption, Brussels is now setting up a dedicated task force.

So, can Europe simply do without China?

That is precisely where things get complicated. The EU is seeking to diversify its supplies and develop its own capabilities, but this takes time and is costly. Of the 60 European projects focused on critical raw materials, 23 are already facing funding difficulties. Europe therefore wants to reduce its dependence on China, but it does not yet have the means to do so quickly.

And is this push to reduce dependence on China changing European economic policy?

Yes. Brussels is strengthening its economic security tools, with greater scrutiny of foreign investment, stronger trade defence measures, and policies designed to support European companies. The goal is not to decouple Europe from China, but rather to reduce dependencies that are considered too risky.

And while Europe is seeking to reduce its dependence on China, what is China doing?

Beijing is also seeking to diversify its partnerships. The Shanghai Cooperation Organisation summit, held in late August and early September, is one example of this. However, it would be an exaggeration to see it as an anti-Western bloc: China is primarily seeking to expand its network of partners and reduce its dependence on Western markets. The rise in its exports to emerging markets is contributing to this effort.

So, what can we expect this autumn: a de-escalation or further escalation?

That is the big question for the coming weeks. Brussels is looking for progress on the trade deficit and access to the Chinese market, while rare earths could once again become a source of tension. Šefčovič’s visit to Beijing in October will therefore be an important test. If it fails, Europe is likely to accelerate its “de-risking” strategy, with stronger trade defence measures, tighter investment screening and greater support for strategic industries.

An interview by Laurence Aubron.