Elise Bernard, docteur en droit public et enseignante à Sciences-Po Aix et à l'ESSEC, décrypte chaque lundi sur Euradio les implications concrètes de l'État de droit dans notre actualité et notre quotidien. Ses analyses approfondies, publiées sur la page Europe Info Hebdo, offrent un éclairage précieux sur ce pilier fondamental de l'Union européenne.
L’Etat de droit européen permet d’envisager des leviers diplomatiques et juridiques pour agir en faveur des droits fondamentaux. Ainsi, face aux massacres en Iran, un collectif - dans le journal le Monde, le 26 janvier - appelait l’Union européenne à agir face à la répression sanglante.
Oui Laurence dans cet appel, il est avancé le fait que l’Union européenne peut renforcer sa place dans le cœur des Iraniens, l’avenir régional et la reconstruction du pays.
Une question se pose à chaque nouvelle crise dans le monde et son cortège d’horreurs : que peut faire l’Europe ?
Quand un gouvernement tourne les armes contre sa propre population, les régimes fondés sur les droits fondamentaux se trouvent écartelés entre l’idéalisme interventionniste et le réalisme de la défense des intérêts. Difficile pour l’Union et ses États membres de trouver une voix commune.
Depuis le 28 décembre 2025, le plus important mouvement de contestation est réprimé dans le sang et dans l’obscurité.
C’est ce que l’on sait malgré le peu d’informations que l’on a pu obtenir : des images d’une violence inouïe. Ce massacre porte un nom, celui des Pasdarans, les gardiens de la révolution iranienne, l‘armée idéologique. On parle d’au moins 30000 morts, sachant qu’il est difficile de savoir hors de Téhéran… et le pays est immense, 3 fois la superficie de la France!
Que peut faire l’UE en Iran ?
Alors elle a pris quelques sanctions, le 29 janvier, pour violations des droits humains. Comme pour la Russie, elles comprennent gels d’avoirs, interdictions de voyager et restrictions économiques, financières et commerciales (énergie, transport, technologies), ciblant individus et entités responsables de répression, prolifération et soutien aux conflits. Mais surtout, elle a inscrit les gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes.
L’inscription des Pasdaran sur la liste des organisations terroristes n’a donc pas fait l’objet d’une décision immédiate.
En effet, quelques pays européens, et notamment la France, l’Italie, ou l’Espagne, ne souhaitaient pas, au début, une telle inscription des Pasdarans comme organisation terroriste. Ils craignaient de réduire à néant tout canal diplomatique avec l’Iran, et ne plus avoir de contact ou de levier lors des négociations sur le nucléaire iranien.
C’est la fronde menée par les institutions européennes qui a finalement convaincu l’Italie et l’Espagne.
La France esseulée, et face à la réalité du terrain, a fini par se rallier à cette position. A l’unanimité les 27 ministres des affaires ont inscrit les gardiens de la révolution iranienne comme 30e organisation terroriste, au même titre que Al Qaïda ou les Autodéfenses unies de Colombie.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.