L'édito européen de Quentin Dickinson

OTAN 3.0 ?

© NATO OTAN 3.0 ?
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Chaque semaine, Quentin Dickinson revient sur des thèmes de l'actualité européenne sur euradio.

Cette semaine, Quentin Dickinson, vous avez assisté à une conférence de presse du Secrétaire général de l’OTAN, qui s’est montré particulièrement optimiste quant à l’avenir de son concept d’OTAN 3.0…

C’est vrai, à écouter M. RUTTE, l’OTAN fonctionne donc normalement, tout va bien, en quelque sorte : passez votre chemin, il n’y a rien à voir.

Au même moment, Donald TRUMP ne cache guère le peu d’estime qu’il porte à l’OTAN, tout en entretenant l’hypothèse d’un retrait américain de l’Alliance atlantique.

Mais Mark RUTTE, lui, est dans son rôle de Secrétaire général de l’OTAN, et il n’est pas payé pour donner l’impression de douter de l’avenir ni de la solidité de l’Alliance atlantique.

Mais cela ne nous interdit nullement d’examiner dans le détail les forces et les faiblesses d’une OTAN, dont le seul membre Outre-Atlantique serait le Canada.

Allons-y, alors !

Il faut d’abord s’évader de l’idée que les États-Unis font aux Européens l’aumône de leur soutien militaire de façon entièrement désintéressée.

Car, pour WASHINGTON aussi, il y aurait gros à perdre à se retirer de l’OTAN.

À quoi pensez-vous, Quentin Dickinson ?...

Par exemple, à l’accès libre aux bases aériennes en Europe, qui sont autant d’escales indispensables à la projection de forces américaines, comme on le voit actuellement au Proche-Orient depuis le début de l’intervention américaine contre l’Iran.

Mais c’est aussi grâce aux données des services de renseignement militaire européens que les Américains peuvent suivre en temps réel les mouvements des sous-marins de la Flotte russe du Nord, basée près de MOURMANSK et qui menacent de façon croissante la zone arctique, critique pour la défense du continent nord-américain.

Car les missiles à capacité nucléaire que cessubmersibles géants portent dans leurs flancs sont programmés pour atteindre, par-delà le Pôle, NEW-YORK, WASHINGTON, et la plupart des grandes métropoles états-uniennes.

Sont pistés également par les Européens les pseudo- navires océanographiques (en réalité, des bateaux-espions russes particulièrement sophistiqués) – sans oublier les centaines de pétroliers et de vraquiers de la flotte-fantôme qui, vingt-quatre heures sur vingt quatre, contournent les embargos sur les exportations russes.

Il est important aussi de noter que les bases mises à disposition des Américains sont financièrement à charge du pays-hôte ; ainsi l’Allemagne a-t-elle déboursé à ce titre plus d’un million d’Euros depuis dix ans.

Mais, sans les États-Unis, les Européens et les Canadiens seraient largement perdants, non ?...

C’est vrai : envolé, le parapluie nucléaire américain, principal outil de la dissuasion face au Kremlin, mais aussi apparaîtraient des trous dans la raquette, s’agissant par exemple du nombre d’avions de transport militaire et des appareils dédiés au ravitaillement en vol – moins glorieux que dans Top Gun, mais absolument indispensables à tout déploiement de forces avant et pendant un conflit armé en Europe.

De même, si nos armées de l’air sont bien dotées en chasseurs-bombardiers multirôles, comme le Rafale français ou le Gripen suédois, en revanche elles ne disposent pas de bombardiers lourds, un coûteux monopole américain.

Et ni l’Europe, ni le Canada ne sont actuellement en mesure de remplacer du jour au lendemain la manne permanente du renseignement satellitaire états-unien.

Enfin, l’Europe est particulièrement démunie en matière de défense anti-aérienne.

Et quant aux troupes américaines, présentes en Europe, elles seraient toutes retirées ?...

…et ramenées Outre-Atlantique ou réaffectées ailleurs, probablement en Extrême-Orient. Mais il faut replacer cet élément dans son contexte historique : actuellement, il y a un peu plus de 60.000 soldats américains sur notre continent – alors qu’au plus fort de la Guerre froide, ils étaient plus de 400.000.

Comment remplacer - s’il le faut - ces 60.000 Américains ?...

Il ne faut pas trop se polariser sur ce nombre : le théâtre d’opérations en Ukraine nous montre bien que les conflits du futur auront moins besoin de fantassins, et feront davantage appel aux pilotes de drones et aux logisticiens, et s’appuieront sur une importante réserve, composée prioritairement de techniciens généralistes, de motoristes, et d’informaticiens.

On rappellera utilement que tous les pays de l’OTAN ne sont pas logés à la même enseigne : ainsi la Turquie, première force armée du continent, compte-t- elle 350.000 militaires d’active et 400.000 réservistes. De leur côté, la Pologne et l’Allemagne sont occupés à accroître considérablement leurs effectifs militaires, en distançant les Italiens, les Français, et les Britanniques.

Mais tout ceci, redisons-le, n’est que spéculation ; l’avenir de l’OTAN dépend de l’humeur du moment de l’actuel Président des États-Unis d’Amérique – pas vraiment une découverte.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.